Aujourd'hui
« It happens like that ! »
Coach professionnelle certifiée et enseignante en méditation de pleine conscience entre autres pour Petit Bambou, Laurence Thomas-Loiseleur vous propose cette saison des chroniques résolument apaisantes.
Cette citation du poète et philosophe Hölderlin, au tournant du XVIIIe siècle, est souvent reprise par celles et ceux qui ne se résolvent pas à se résigner face aux menaces bien réelles : explosion non maîtrisée du numérique, si ce n’est par des prédateurs avides de pouvoir et d’argent ; désastre écologique ; retour d’une géopolitique essentiellement dominée par des rapports de force impériaux. Et pourtant… Animé d’un « optimisme de volonté », et fort d’un engagement qu’il assuma jusqu’à prendre les armes pendant l’Occupation, Edgar Morin ouvrait la perspective d’un inattendu et appelait à se préparer à saisir les opportunités offertes par les événements improbables de l’Histoire.
Ce sociologue et philosophe faisait de la navigation d’archipels en îlots de certitudes, dans un océan d’incertitude, une forme d’exigence. Pour qui est rétif aux chapelles, aux assignations identitaires comme à une forme de radicalité niant toute altérité, sa pensée est féconde. « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament », écrivait René Char dans les Feuillets d’Hypnos, alors qu’il était engagé dans la Résistance. Nous n’en sommes pas là. Mais les vents mauvais nous poussent à réinterpréter et à faire vivre selon notre propre jugement l’œuvre de visionnaires qui ont su concilier philosophie, poésie et engagement dans la vie de la cité. S’il fallait retenir de la pensée d’Edgar Morin quelques points saillants aujourd’hui porteurs de sens, je retiendrais ces invites : construire des ponts entre des univers différents, relier les concepts et les enjeux, croiser les regards et les disciplines afin de s’orienter dans un monde déroutant et parfois désespérant, positionner l’humanité comme une composante du vivant et non pas en surplomb.
Les lecteurs qui connaissent bien la vie intellectuelle poitevine savent le lien affectif qu’Edgar Morin entretenait avec Poitiers, tout particulièrement avec l’Espace Mendès- France qui était son « bouillon de cultures favori ». Convaincu que la culture scientifique doit faire partie des humanités, il en fut le promoteur infatigable. Parce que c’est mon dernier « Regard », que j’ai eu tant de plaisir à partager dans ces pages, je me permets une proposition : bouillonnons, enthousiasmons-nous, partageons nos cultures et nos singularités, cultivons notre curiosité, car rien n’est jamais joué d’avance, car du collectif et de la joie de jouer avec l’imprévisible naissent de belles aventures.
CV express
Passionnée de culture et de sciences, attachée au partage des connaissances et des questionnements, friande de débats vifs mais respectueux (des autres comme des faits), j’ai traversé différents univers professionnels, jusqu’à la direction de l’Espace Mendès-France. Bretonne d’origine, Parisienne de formation, Poitevine par hasard mais depuis longtemps, Européenne de culture, je me reconnais dans l’hybridation.
J’aime : le lyrisme d’Hugo et l’incandescence de Char, les œufs à la coque et l’os à moëlle, la nuance, penser contre moi-même (et avec les autres), Giotto et James Turell, les coquelicots, nager dans l’océan, Vanessa Wagner et Etienne Daho, la Fondation Maeght en Provence.
J’aime pas : les choux (sauf à la crème), le ressentiment, la servitude volontaire, la mauvaise foi.
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