Industrie : « Il faut une approche 
à 360° des problématiques »

Marie Ferru, géographe à l’université de Poitiers, et Claire Tenailleau(1), consultante RH, posent leur regard sur l’avenir de l’industrie dans le bassin châtelleraudais, qui doit être « résiliente face aux crises ».

Arnault Varanne

Le7.info

Chaque année, Les Industriales, à La Manu, convoquent le ban et l’arrière-ban des forces vives du Châtelleraudais pour une introspection en profondeur sur ce secteur d’activité clé du Nord-Vienne : 8 420 emplois salariés et 568 établissements, soit 41,6% de l’emploi. Jeudi dernier, entre autres ateliers, notamment sur l’IA, les chefs d’entreprise ont disserté sur le recrutement. C’est le domaine d’expertise de Claire Tenailleau. Face aux difficultés à attirer les talents, la fondatrice du réseau Be Wanted(2) se montre claire. « Il y a à la fois un appauvrissement du vivier de candidats et une volatilité comme on n’en a jamais vue. Les attentes des jeunes ont évolué. Ils restent en moyenne 18 mois dans une entreprise », pousse l’experte.

Un autre phénomène ne laisse d’inquiéter : un million de personnes partiront en retraite d’ici 2030, « dont 50% de salariés actifs dans l’industrie ». Dans ces conditions, comment conjuguer les besoins du secteur (600 000 postes en 2026) et le nombre de personnes formées chaque année (120 000 jusqu’à bac+3) ? L’effet ciseau paraît fatal, alors même que les besoins en main-d’œuvre s’accroissent dans l’aéronautique, la défense et la métallurgie. 
« Il va falloir que les industriels aient une forme de résilience et d’acceptation de la situation, répond Claire Tenailleau. Charge à eux de sécuriser leurs compétences en interne dans un premier temps. » Selon la consultante, l’une des clés passe par une « cartographie des compétences du territoire ». 
La deuxième, par l’attractivité. 
« Mais ce n’est pas juste communiquer parce que ça ne marche pas. Il faut davantage travailler sur la promesse employeur… »

« Une approche à 360° »

Depuis sa fenêtre de géographe à l’université de Poitiers, Marie Ferru étudie le bassin industriel châtelleraudais depuis 2006. Et la pilote de la chaire Energie et territoire se montre assez optimiste. Car malgré les crises économiques et les fermetures d’usines, « le Châtelleraudais a su résister et se réinventer », selon elle. Pas de quoi cependant lui garantir un avenir doré. Selon elle, 
« les défis actuels cumulent des enjeux économiques, écologiques, sanitaires, sociaux et démographiques », forcément compliqués à appréhender. 
« Regardez le cas de Lhyfe qui aurait dû s’implanter sur l’ancien site des Fonderies (et devait produire de l’hydrogène vert, ndlr). Il est assez emblématique. »

Marie Ferru appelle donc les acteurs privés et publics à la solidarité pour surmonter les aléas de toutes natures. « Surtout, il faut une approche à 360° des problématiques : recrutement, environnement économique, partenariats… »

(1)Les deux expertes ont participé à une table ronde avec Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, sur le thème : « Comment préserver nos savoir-faire locaux, sécuriser nos compétences et faire de la Vienne un territoire industriel résilient et attractif ? » 


(2)Claire Tenailleau est fondatrice de Be Wanted, un écosystème de conseil en ressources humaines et d’accompagnement stratégique.

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