Inclusion scolaire : une forme d’impasse

Faute de place en Institut médico-éducatif, Medora, 6 ans, se retrouve scolarisée quelques heures par semaine à l’école Andersen, à Poitiers. Au grand désespoir de sa maman, qui ne peut plus travailler et cherche des solutions pour sa fille autiste. Un cas loin d’être isolé.

Arnault Varanne

Le7.info

Elle a écrit au recteur, sans réponse de sa part à ce jour. Elle a alerté la Maison départementale des personnes handicapées, puis la Ville de Poitiers, sollicité le maire et le député de la 2e circonscription de la Vienne, Sacha Houlié. Avec l’aide de Jean-Michel Bernuchon, Loretta Muoka remue ciel et terre pour sa fille. Medora a 6 ans, est atteinte d’un trouble autistique sévère -elle ne parle pas- et aurait dû rejoindre un Institut médicoéducatif (IME) à la rentrée, après avoir été scolarisée à Paul-Fort, puis à l’Unité d’enseignement maternelle autisme de l’école Tony-Lainé, à Poitiers. « Sauf qu’il n’y a pas de place pour elle, il y aurait cent demandes en attente dans les trois IME contactés », souffle la mère de famille d’origine nigériane.

Faute de « mieux », Medora va depuis plusieurs semaines à l’école maternelle Andersen. Un éducateur du Pôle de compétences et de prestations externalisées (PCPE) et deux AESH (Accompagnants des élèves en situation de handicap) l’entourent avec deux autres enfants et s’efforcent de « proposer un accompagnement au plus près de ses besoins », précise le rectorat. En pratique, la fillette va à l’école les lundi et mardi de 13h35 à 16h et les mercredi et vendredi de 8h30 à 
11h45. « Dans ces conditions, j’ai dû arrêter de travailler, reprend Loretta. Au début (il y a deux ans, ndlr), mon boss a accepté que j’arrive plus tard au travail, commente la femme de ménage au Futuroscope. Mais là, ce n’est plus possible. J’ai beaucoup de stress par rapport à notre situation financière. Si je dois attendre deux ou trois ans pour qu’elle ait une place en IME, comment je vais faire pour la nourrir ? »

« Ces enfants 
ne sont pas bien »

Du côté du rectorat, le discours est clair. 2 575 élèves en situation de handicap sont scolarisés en milieu ordinaire et il n’y aurait 
« aucun élève en attente de dispositifs de l’Education nationale », 
dans une Ulis (Unité localisée pour l’inclusion scolaire) ou via un accompagnement par un AESH. Mais combien d’enfants, comme Medora, se retrouvent en milieu ordinaire faute d’une affectation spécifique dans un établissement spécialisé ? « Il y a beaucoup d’orientations par défaut, estime une bonne connaisseuse du dossier qui préfère rester anonyme. Ces situations mettent en souffrance les parents et les enfants, qui ne sont pas bien en milieu ordinaire parce qu’il n’est pas adapté à leurs besoins. »

Professeur d’éducation physique à l’IME Pierre-Garnier, à Mignaloux-Beauvoir, Grégory Sedek partage ce constat. « La question de l’inclusion est complexe et invite à repenser la manière dont on considère les personnes portant un handicap dans notre société. » Le délégué du syndicat SUD Santé-Sociaux 86 resserre la focale sur son établissement : 
« Il y a une dizaine d’années, nous accueillions 140 enfants, aujourd’hui nous sommes à 95. Pourtant, l’école de la République est déjà dans les IME comme Pierre-Garnier. Et nous sommes spécialisés dans l’accueil de ces jeunes… Mais cela demande des moyens. »

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