Spécialiste du prêt-à-porter, la PME de 60 collaborateurs a choisi de fermer les magasins Havane et Tommy Hilfiger, à Poitiers, et a sollicité son placement en redressement judiciaire. Pour mieux rebondir…
Les temps sont durs pour le commerce de détail à Poitiers. Après la fermeture de la librairie Gibert samedi dernier, 80 ans de présence dans le centre-ville, un autre magasin historique a baissé le rideau :
Havane. Le fleuron du Groupe Carmel(*) avait ouvert ses portes il y a trente-cinq ans. Plus récente, la boutique Tommy Hilfiger a aussi cessé son activité. « Notre secteur d’activité est pas mal chahuté, les habitudes de consommation ont changé, la baisse de fréquentation des centres-villes est perceptible et la fast fashion constitue une forte concurrence », explique Isabelle Guillerm-Lassale pour justifier cette décision. Son mari Charles, co-dirigeant, ajoute à cette liste « la fermeture du parking Notre-Dame », « les travaux autour du Palais » ou encore le départ de voisins, tels que le glacier Benoît ou le magasin de prêt-à-porter féminin Antonelle.
« Préserver l’activité »
Amputé de deux de ses dix magasins, le Groupe Carmel (Penaud, Penaud Pro, Ötzi…) enregistre depuis un an une baisse de chiffre d’affaires de 10%. Faute de pouvoir conserver toutes ses enseignes de prêt-à-porter, l’entreprise s’est lancée dans une transformation de son modèle. En sollicitant d’abord un placement en redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Poitiers. Son objectif : « Préserver l’activité, protéger autant que possible les emplois, consolider les activités les plus pérennes et engager les adaptations nécessaires pour construire la suite. »
Digital et services
La structure de 60 salariés mise dans un premier temps sur le digital, « l’un des gros leviers de développement ». « Ce sera un grand virage, nous réformons notre système d’information pour avoir des bases de données et des stocks unifiés et les mettre à disposition de nos clients, avec aussi du click and collect », confirme Isabelle Guillerm-Lassale. Sans attendre, le groupe a investi le marché de la seconde main avec des corners dédiés, propose des services de retouche, planche sur l’upcycling et la réparation de vêtements, le relooking, réfléchit au-delà à remettre sur la route un camion itinérant,
« comme autrefois »… Bref, ses dirigeants fourmillent d’idées pour séduire une nouvelle clientèle. Jusqu’à ouvrir ses magasins et y organiser des événements. « Chez Penaud, par exemple, nous avons 1 500m2 de
surface de vente, insiste la dirigeante. Le magasin de demain ne peut plus être uniquement un lieu d’achat. Il doit devenir un espace de services, de conseils, d’expériences et de rencontres. »
(*)Le Groupe Carmel, fondé en 1981 par Jean-Bernard Lassale, possède également des enseignes à Orléans, Limoges et Chartres.