Le coworking s’ancre progressivement dans le paysage professionnel poitevin. À la tête de plusieurs espaces, dont le futur B’CoWorker, installé dans les anciens locaux de Cobalt, Agnès Ramé(*) décrypte un marché encore jeune, entre flexibilité pour les entreprises et équation économique délicate.

Pierre Bujeau

Le7.info

Le marché du coworking continue-t-il de se développer à Poitiers ?
« Il y a un véritable besoin aujourd’hui. Le coworking est complémentaire au bail 3-6-9 puisqu’il apporte de la flexibilité aux entreprises. Dans la conjoncture actuelle, où les loyers augmentent, proposer des bureaux clés en main, sans engagement, reste un véritable point fort. Mais le coworking ne se résume plus à mettre un bureau à disposition. Les gens viennent aussi chercher une communauté et un réseau. On assiste à une véritable mutation des habitudes de travail. »

Pourtant, certains espaces 
ont cessé leur activité…
« C’est un modèle économique très challengeant et l’équilibre n’est pas facile à atteindre. Il faut donc parvenir à trouver une rentabilité avec des charges de fonctionnement qui pèsent lourd. Avec la hausse de l’électricité et de l’ensemble des coûts, nous avons été en première ligne. Même le café ! Au début, je travaillais avec du café à 18€ le kilo. Aujourd’hui, nous sommes plutôt autour de 23 ou 24€. Quand on additionne toutes ces augmentations, on diminue forcément la rentabilité. »

« Les usages 
ont évolué. »

De plus en plus d’entreprises reviennent sur le télétravail. Est-ce une menace pour le coworking ?
« Aujourd’hui, la moyenne est de deux jours de télétravail par salarié, alors que celui-ci était quasiment inexistant avant le Covid. Il y a donc eu une généralisation et une démocratisation du télétravail. En revanche, les usages ont évolué. Les salariés cherchent des lieux propices à la concentration et au travail. Ils peuvent donc venir dans des espaces de coworking. »

Qui fréquente aujourd’hui 
ces espaces ?
« C’est une question complexe parce que quasiment toute personne peut devenir cliente. Les étudiants restent à la marge en raison du coût, mais on voit de plus en plus de grands groupes utiliser ces espaces pour rapprocher le lieu de travail du domicile de leurs salariés et ainsi améliorer leur qualité de vie. Les entreprises viennent aussi chercher des services clés en main. Elles n’ont plus à gérer toute la partie immobilière. La machine à café devient notre problème, Internet aussi… Et cela leur permet de se concentrer sur leur activité sans être polluées par toutes ces questions. »

(*)Elle est par ailleurs présidente du Syndicat national des professionnels de l'hébergement d'entreprises.

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