La Maif a acquis une parcelle dans la forêt de Scévolles. Si l’objectif est évidemment financier, il est également environnemental. L’assureur, en collaboration avec un gestionnaire forestier, a accepté d’accueillir sur ses terres une zone d’expérimentation pour tenter d’imaginer la forêt de demain.

Pierre Bujeau

Le7.info

Qu’est-ce qui pousse l’un des leaders de l’assurance hexagonale à investir dans des parcelles de bois du Loudunais ? Réaliser des profits ? Sûrement, mais pas que... La Mutuelle d’assurance des instituteurs de France (Maif) a créé en 2022 un 
fonds Forêts. Derrière cette appellation se cache ce que l’on appelle un groupement foncier forestier (GFF), la structure pour détenir une forêt, à la manière d’une SCI pour un bien immobilier. Et c’est dans le nord du Poitou que la Maif a investi en premier, plus exactement en forêt de Scévolles. « Dans une stratégie de diversification de nos actifs, nous avons voulu investir dans les forêts et en faveur de leur sauvegarde. Évidemment, ce choix comprend des critères financiers, mais il a surtout été motivé par un engagement responsable », explique Carole Zacchéo, directrice des investissements de la Maif. Certains pourraient douter des intentions vertueuses du groupe. Mais la mutuelle étudie chaque projet forestier minutieusement. « Nous prenons l’engagement de ne pas faire de coupes rases et de privilégier la gestion dite 
« à couvert continu », qui repose sur des prélèvements ciblés d’arbres. » Le tout sous le regard de France Valley, spécialisée dans la gestion des investissements forestiers, et du Centre national de la propriété forestière (CNPF), l’organisme public chargé du développement d’une gestion durable des forêts privées. « Chaque porteur d’un projet de plus de 20 hectares doit soumettre à notre approbation un plan simple de gestion (PSG). Notre rôle est d’harmoniser la composition d’une forêt de façon à ce que chaque propriétaire concilie le rendement d’une part et la biodiversité de l’autre », 
note Éric Paillassa, ingénieur au CNPF.


Territoire d’expérimentation

Sur les quelque 900ha acquis par la Maif, une petite zone, complètement rasée par l’ancien propriétaire, a été sélectionnée par le CNPF pour expérimenter ce que pourrait être la forêt de demain. « Nous sommes sur une station avec une implantation majeure de chêne sessile, mais l’alliance du sol et du climat devient de moins en moins propice à son développement. » 
Alors les experts du CNPF ont planté neuf nouvelles essences, du chêne pubescent au pin maritime. Hasard du calendrier, cette plantation a eu lieu en début d’année, peu avant les canicules à répétition. « C’est une véritable épreuve du feu. On peut déjà voir que cette période a été fatale pour certaines variétés », explique l’ingénieur, dans cette parcelle aux allures de laboratoire grandeur nature. Neuf essences, un même sol et un climat qui se réchauffe. Autant de cobayes pour tenter de répondre à une question qui dépasse les frontières de la forêt de Scévolles : quels arbres pourront encore pousser dans les forêts du Poitou demain ?

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