Depuis 2011, Châtellerault abrite une unité de soins médico-dentaires dédiée aux personnes en situation de handicap. Handimed86 bénéficie aujourd’hui de nouveaux locaux à la hauteur du service rendu. Près d’un millier d’enfants et d’adultes s’y font soigner chaque année.
Plus de deux décennies après la grande loi sur le handicap du 11 février 2005, l’accès aux droits et aux soins des handicapés reste un sujet de taille. A fortiori pour ceux qui ne peuvent pas ou mal s’exprimer. A Châtellerault, une oasis dans le désert médical étanche cette soif d’égalité depuis plus de quinze ans. Les Dr Thierry Champion (fondateur), Ismaël Bouchiba (chef de seraavice) et leurs équipes (2 secrétaires, 3 infirmières, 2 dentistes à plein temps et 8 vacataires de l’association Aosis, 1 médecin) y accueillent chaque année près d’un millier d’enfants et d’adultes atteints d’un handicap mental ou d’un polyhandicap, de troubles du neuro-développement, de troubles psychiques et du comportement…
Entre fin juin 2025 et fin juin 2026, l’unité a enregistré
1 126 séjours en hospitalisation de jour, soit une hausse de
46,4% par rapport à l’année précédente. Près d’un patient sur cinq vient d’un autre département, autre preuve de l’utilité du service. La direction du CHU de Poitiers et l’Agence régionale de santé l’ont bien compris en contribuant à financer son extension. Les nouveaux locaux offrent ainsi un plateau technique avec deux fauteuils dentaires, un kart dentaire mobile, un panoramique 2D, des salles d’attente calmes, un éclairage modulable. Aux soins dentaires s’ajoutent aujourd’hui des électrocardiogrammes, multipliés par dix en sept ans. « Nous bénéficions aussi d’un bloc opératoire pour les cas les plus complexes », précise le
Dr Alexis Gevrey.
« Un petit truc en plus »
« Nous nous sommes fixé une feuille de route claire il y a trois ans : l’amélioration du parcours de soins et la qualité de la prise en charge. Les résultats depuis un an et demi montrent que nous sommes sur le bon chemin. Nos patients ont bien un petit truc en plus, mais nous aussi ! »,
se félicite le Dr Bouchiba. Au quotidien, Handimed86 fait de la gradation des soins son leitmotiv. De la première visite en amont aux actes en aval, en passant par la sédation vigile, chaque personne est soignée selon un protocole spécifique. Mais ici, on ne soigne pas que les dents. L’efficacité du dispositif repose sur les liens avec les autres services du CHU : radiologie, cardiologie, gynécologie, ophtalmologie et neurologie. Un neurologue intervient ainsi toutes les semaines pour des consultations. Beaucoup de pathologies somatiques sont masquées par le handicap.
A l’heure d’inaugurer l’unité élargie, la semaine dernière, les participants ont tous exprimé leur admiration à l’endroit d’Handimed86. Mais cette belle unanimité ne masque pas une certaine fébrilité. A l’image de Catherine Wathelet. La coprésidente d’Handisoins 86 craint pour la pérennité de l’unité compte tenu de la difficulté à recruter des personnels. « Il y a une discordance entre la qualité du travail réalisé et le recrutement des praticiens. Le handicap continue-t-il de faire peur ? » La directrice générale du CHU de Poitiers, Anne Costa, appelle de son côté à « former et sensibilier les personnels du CHU et de ville à l'accueil des patients atteints de handicap », tout en appelant à « sécuriser les ressources ».