Feutré 
dans ses petits chaussons

Et si la laine naturelle des brebis de la région servait à fabriquer des chaussons ? C’est le projet porté par Emilie Bouillaud depuis La Caserne, à Poitiers.

Arnault Varanne

Le7.info

Sa campagne de financement participatif sur jadopteunprojet.com se termine ce mardi 15 septembre. Près d’une cinquantaine de contributeurs ont abondé la cagnotte à hauteur de 4 017€, soit la capacité pour Emilie Bouillaud à lancer la fabrication de 60 paires de chaussons en laine naturelle de brebis de Nouvelle-Aquitaine. Leur prix ? 70€ l’unité. L’aboutissement de cinq ans d’une démarche tournée vers la valorisation d’un matériau abondant mais réduit au rang de déchet encombrant post-Covid. « Après la fermeture du marché chinois, on s’est retrouvé avec des quantités folles. Et en même temps, ça n’avait aucun sens d’expédier cette matière première à l’autre bout de la planète pour la récupérer, une fois passée à l’acide, sous forme de vêtements. Je me suis donc rapprochée d’Alex Rotureau, président de l’association Laine d’éleveurs… »


Un potentiel de 
2 000 tonnes par an

Sensible aux questions environnementales, l’ancienne chargée de marketing dans le milieu bancaire s’est formée à l’Ecole de la laine, puis a été lauréate d’un premier appel à manifestation d’intérêt de la Région, en 2023. Les tests réalisés au Centre européen du textile innovant (Ceti) l’ont confortée dans l’idée que ces quelque 2 000 tonnes par an pouvaient connaître un autre destin que l’enfouissement ou le « bûcher ». « J’ai choisi de produire du feutre de laine aiguilleté. Cette technique permet de mélanger des laines sans apport d’eau. » Quatre tonnes sont stockées dans l’un des ateliers de La Caserne, à Poitiers, où Feutré a pris ses quartiers au printemps 2026. De quoi fabriquer des centaines de paires de chaussons 
« robustes », « faciles à vivre » et « résistants aux taches ». 


Plus durables

En pratique, la laine -de brebis élevées en plein air- est achetée aux éleveurs de la région, nettoyée en Haute-Loire, transformée en Haute-Vienne et modelée en chaussons au Portugal. Pour l’instant. « Je n’ai pas dit mon dernier mot, j’aimerais que la fabrication se fasse en France ! » Soutenue, en 2025, par un deuxième Ami de la Nouvelle-Aquitaine, Emilie Bouillaud a bon espoir que ses chaussons touchent un large public. Les premiers modèles arriveront mi-octobre, sachant que 500 unités devraient voir le jour dans un premier temps. Si succès commercial il y a, Feutré se transformera vite en entreprise. « Les chaussons en laine naturelle régulent la température et durent plus longtemps que des modèles à base de matières synthétiques. Et puis, ce chausson ne représentera pas un déchet supplémentaire puisque la semelle est réutilisable, recyclable », rappelle-t-elle.

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