Leur nombre et les difficultés qu'elles rencontrent au quotidien ont considérablement augmenté ces dernières années. Dans le département, une famille sur quatre est monoparentale, et ce sont bien souvent des femmes isolées et épuisées qui en portent le poids.
Combien d'enfants, dans une classe, vivent encore avec leurs deux parents ? S'ils restent majoritaires, leur part diminue chaque année. Dans la Vienne, 30% des familles sont aujourd'hui monoparentales, contre 20% en 2005. Et dans la grande majorité des cas, « ce sont des femmes seules avec un ou plusieurs enfants. 85% en France »,
explique Marilyn Pruvel, présidente de Parents Solos 86.
Créée en 2017, l’association accompagne ces parents confrontés à des difficultés qui dépassent la seule question de la garde des enfants. Logement, violences, santé mentale… Les problématiques sont nombreuses, mais une revient systématiquement.
« Les familles que nous rencontrons disent toujours la même chose : l’emploi est la première des préoccupations », poursuit-elle. Comment se rendre à un entretien d’embauche avec un enfant en bas âge à charge ?
Comment accepter un poste lorsque les solutions de garde manquent ? Et même lorsque la mère décroche le poste tant convoité, elle se heurte à d'autres réalités. « Elles sont directement confrontées aux inégalités salariales, c'est un fait », alerte Anne Dessault, directrice du CIDFF 86(1). Des horaires incompatibles avec les modes de garde peuvent compliquer l’accès à l’emploi, des revenus insuffisants fragiliser l’accès au logement, et cette précarité peser sur la santé.
« On constate que chaque difficulté est intrinsèquement liée aux autres. » Cet enchaînement conduit bien souvent à un épuisement physique et mental.
Donner du temps
et des droits
Première ville à avoir créé un statut communal pour les familles monoparentales, Ris-Orangis, dans l'Essonne, a instauré
21 nouveaux droits, parmi lesquels le dispositif « Un temps pour soi » : « C'est un lieu d'échanges et de détente, avec la possibilité de faire garder ses enfants. Ce rendez-vous gratuit a lieu chaque mercredi après-midi, pour offrir un répit aux mamans »,
explique Muriel Brisbare, référente parentalité de la Ville, venue présenter cette initiative lors d'une table ronde dans la Vienne. Pour l'heure, aucune commune du département n'a mis en place de mesure spécifique pour ces familles. Mais de nombreux élus présents ont écouté attentivement les recommandations de leur homologue. « On souhaite diffuser des idées dans la tête des élus, et leur montrer que c'est possible », note Damien Ragueneau, directeur général de l'Udaf(2) de la Vienne. Lors de cet évènement, Parents Solos 86, l'Udaf et le CIDFF ont présenté aux élus et députés plusieurs préconisations pour améliorer le quotidien de ces familles. Parmi elles, créer un statut législatif du « parent isolé »
ouvrant des droits spécifiques, étendre le crédit d'impôt pour frais de garde au-delà de 6 ans ou encore ouvrir, dans chaque commune, des points d'information dédiés. « C'est la première des choses à mettre en place. Elles sont seules, isolées. Il faut les écouter, c'est ce dont elles ont besoin », résume Marilyn Pruvel.
(1)Centre d'information sur les droits des femmes et des familles.
(2)Union départementale
des associations familiales
de la Vienne.