Pamela Bryant, le pari de la différence

Pamela Bryant. 42 ans. Promise par ses professeurs à un avenir incertain. Est partie de rien ou presque. A lancé une entreprise adaptée il y a quinze ans, puis une école de formation pour redonner confiance aux profils atypiques.

Pierre Bujeau

Le7.info

Derrière chaque réussite entrepreneuriale, il y a des convictions. Celle de Pamela a été de croire en ceux que personne ne voulait voir. Et des paris. Convaincre Orange et France Télévisions que la différence pouvait rimer avec chance. Aujourd’hui, Deastance Services emploie une centaine de personnes en situation de handicap, dans des activités de retranscription audio, de référencement web ou encore de saisie de données. Cette maman de trois enfants préfère parler de « profils atypiques ». Un adjectif qu’elle a également choisi pour baptiser l’école créée afin de redonner confiance, transmettre des compétences et apprendre les savoir-être indispensables à l’insertion professionnelle. Deux structures, des centaines de personnes accompagnées et une détermination à toute épreuve. 
« Être une femme entrepreneuse de 25 ans et faire le pari de l’entreprise adaptée en 2010, autant dire que mon parcours n’a pas été un long fleuve tranquille », 
sourit-elle. Et c’est peu de le dire. À ses débuts, les doutes sont nombreux. Hébergée par le Centre d’entreprises et d’innovation, à Chasseneuil-du-Poitou, elle envisage parfois de tout arrêter. Pour subvenir à ses besoins, elle enchaîne les heures en restauration. Pour se faire connaître, elle distribue ses cartes de visite lors des matchs du PB86. Avec, à cette époque, pas un rond dans les poches mais un objectif chevillé au corps.


Tomber et se relever

Son histoire prend racine de l’autre côté de la Manche, dans la banlieue londonienne, avant de se poursuivre dans le Sud-Vienne, au gré des obligations professionnelles de son père. C’est un véritable choc, difficilement compréhensible pour qui ne l’a pas vécu. « On m’enlève mes repères, mes amis. J’avais 5 ans, mais je me rappelle précisément ce sentiment. » Le déracinement se fait dans la douleur, mais laisse vite place à l’adaptation. En six mois à peine, l’Anglo-Saxonne « abandonne » 
sa langue maternelle pour celle de Molière. Une première épreuve pour celle qui peine à trouver sa place sur les bancs de l’école. Très vite, elle comprend qu’elle ne fera pas de longues études. Elle peut d’ailleurs compter sur quelques professeurs pour le lui faire comprendre. Mais comment reprocher à une enfant de ne pas s’épanouir dans un système qui ne lui correspond pas ? Pamela aime passer ses week-ends au centre équestre. Là, elle apprend à s’occuper des chevaux, à parler à leurs cavaliers, mais aussi à leurs montures. Jusqu’à s’y rendre tous les soirs et participer aux compétitions en fin de semaine. L’équitation, au-delà du langage non verbal, demande une rigueur de chaque instant. 


« Autant dire que mon parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. »

Tomber, se relever… Commencer, recommencer pour parvenir à un enchaînement maîtrisé. « C’est une certitude, j’y ai appris le goût du travail. Et surtout le goût du travail bien fait. » Une exigence qui ne cessera de l’accompagner, jusqu’à la présidence de l’Union nationale des entreprises adaptées (Unea), où elle portera la voix de ces structures auprès des ministères et du grand public.


Faire tomber 
les barrières

La décennie 2020 marque un tournant : une petite épidémie nommée Covid-19, la création de l’École Atypique, l’arrivée d’un bébé et le mandat de présidente de l’Unea, le tout en trois ans... Autant dire que la maman de trois enfants n’a pas vraiment eu le temps de s’occuper de ses plantes. Une vie à 1 000 à l’heure, avec des responsabilités qui ne s’arrêtent pas à 18h. Les appels sur le téléphone sont monnaie courante. « Il y en a tout le temps. Mais c’est notre quotidien. Mieux vaut gérer le trop-plein d’activité que le manque. » 
Au cours de notre entretien, le téléphone sonne d’ailleurs à plusieurs reprises. D’où la question qui suit : lui arrive-t-il de lâcher prise, de déconnecter ? 
« A vrai dire, pas souvent. » Une à deux fois par an, tout au plus. Le temps d’une journée, elle délègue ses responsabilités à son entourage proche pour profiter d’un moment en institut de beauté bien mérité.
 Désormais âgée de 42 ans, Pamela Bryant a laissé la place à la tête de l’Unea pour se consacrer pleinement à l’un de ses plus grands projets : la création d’un bâtiment tout neuf, où l’École Atypique et Deastance Services pourront cohabiter, à quelques mètres de la pépinière d’entreprises qui l’accompagnait quinze ans auparavant. À l’époque, convaincre de grandes entreprises de faire confiance à des personnes en situation de handicap était un pari un peu fou. Aujourd’hui, cette conviction est devenue bien réelle pour David, Thomas ou Alexandra, salariés depuis les débuts, aux côtés de celle pour qui l’équité reste la valeur maîtresse de son engagement. « On prend souvent l’image de personnes de différentes tailles qui regardent par-dessus un mur. Pour représenter l’équité, on leur donne des caissons adaptés à leur taille afin qu’elles puissent toutes voir de l’autre côté. » Reste à faire tomber ces murs qui séparent encore les profils atypiques des autres. Pour cela, comptez sur Pamela.

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