Le carton plein du service civique

Lancé en 2010, le service civique va concerner cette année plus de 150 000 jeunes en France, dont 649 rien que dans la Vienne. Le dispositif à l’utilité sociale avérée sert de lance de rampement professionnel.

Arnault Varanne

Le7.info

Victotria, Ben et Tristan sont attablés au centre socioculturel du Clos-Gautier, aux Trois-Cités. Dans quelques minutes, les trois services civiques « Civigaz » (*) enfileront leur gilet bleu et iront prêcher la bonne parole auprès des habitants du quartier. Comme quatre autres jeunes, ils passent sept mois sur le terrain pour sensibiliser le grand public aux économies d’énergie. La tâche se révèle parfois rude, mais elle est passionnante. A 25 ans, Victoria a sollicité ce service civique pour « disposer d’une vraie expérience concrète ». « J’ai passé toute ma vie à étudier, prolonge la jeune Béninoise, titulaire d’un double Master en droit et développement de l’économie sociale et solidaire ainsi qu’un en migration sociale. Avec cette immersion, je me sens plus légitime pour travailler après dans l’économie sociale et solidaire ».

Ben (20 ans) et Tristan (19 ans) ont des parcours aux antipodes, mais une volonté commune : travailler leur projet professionnel. Le contact avec les Poitevins leur permet de « nouer des liens » et d’apprendre sur eux-mêmes. « Je me sens à l’aise avec les gens, ce qui n’était pas forcément le cas avant », embraie Tristan. Utilité. Le mot est lâché et résume à lui seul l’esprit du service civique. Ouvert à des jeunes de 16 à 25 ans -30 ans pour ceux en situation de handicap-, le dispositif lancé par Martin Hirsch a largement fait ses preuves. Coordinateur du projet « Rêves et réalise » chez Unis Cités, Vincent De Rocher s’appuie des chiffres tangibles. « A l’échelle nationale, une sociologue a réalisé une étude qui montre que 83% des jeunes ont trouvé un boulot ou repris une formation six mois après la fin de leur service civique. Dans la Vienne, nous sommes plutôt à 90%. »

« Une expérience concrète »

La semaine dernière, quelques-uns des « sweats orange » d’Unis Cités se baladaient à la maison de retraite de Lusignan, au soutien de seniors engagés dans une folle partie de Wii bowling et qui monteront sur la scène de la Gamers Assembly. Cette semaine, Hugo et Ilona poursuivront leur mission d’intérêt général auprès des mineurs non accompagnés (MNA). Avec un objectif : « créer du lien avec les habitants de la ville ». Hugo a quitté la fac de sciences éco. Et son expérience auprès des « MNA » devrait le conduire à réintégrer la fac de sociologie. Marine, elle, espère avoir assez de temps pour boucler ses récits de vie. Depuis fin 2017, cette titulaire d’un Master en culture… anglophone tend le micro à dix personnes âgées de Bellejouanne et des Trois-Cités. « Une expérience concrète », qui l’enrichit. « J’offre à ces personnes une oreille, une écoute attentive… »

Dans le regard de Marine, Victoria, Ben, Tristan, Hugo et les autres, on lit la même fierté. Une fierté légitime et qui augure de lendemains qui chantent. A en croire Vincent de Rocher, ancien DRH, « à CV équivalents, les recruteurs choisissent de préférence un jeune qui a suivi un service civique ».

(*) Action coordonnée par GRDF, le Club Face, Grand Poitiers, le Pimms, Ekidom et Habitat de la Vienne.

 

Quelques repères…
Dispositif réservé aux 16-25 ans (30 ans pour les handicapés), le service civique permet d’effectuer une mission d’intérêt général, d’une durée de six à douze mois, dans une association, une collectivité ou un établissement public. La mission est rémunérée à hauteur de 580€ par mois. 10 000 structures sont partenaires dans l’Hexagone.

Quel service demain ?
Si l’on se fie aux dernières annonces du ministre de l’Education nationale, le futur Service national universel ne devrait pas faire de tort au service civique, en vigueur depuis 2010. N’empêche, les inquiétudes se font jour sur le terrain, alors que des zones d’ombre (durée, coût…) restent à éclaircir pour savoir quels contours prendra le nouveau « SNU ». Comme sur d’autres dossiers, le diable se niche dans les détails et le gouvernement serait bien inspiré de dissiper les malentendus au sujet de ces deux formes de parcours citoyen. En presque huit ans d’existence, le service civique a déjà prouvé son efficacité. 270 000 jeunes en ont bénéficié auprès de 10 000 partenaires. Et le cap des 150 000 en 2018 traduit une montée en puissance. S’agissant du Service national universel, il n’aura qu’une lointaine ressemblance avec le Service national d’antan. Exit les classes à l’autre bout du pays, le casernement, le permis passé gratuitement… On s’oriente vers une formule plus légère, moins onéreuse. Au-delà de l’affichage politique, l’efficacité sera le maître-étalon.

 

 

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