Le Regard de la semaine est signé Guillaume Philippe.
Dans la mode, luxe ne peut rimer avec matières synthétiques. La plupart des fibres dites modernes (polyester, polyamide, acrylique, élasthanne…) naissent du pétrole. Le luxe, lui, se définit par la rareté maîtrisée, la durabilité, la noblesse des matières et la traçabilité. Rien, dans une chaîne pétrochimique anonyme, ne raconte ce récit d’excellence. Le synthétique a gagné du terrain par son prix et sa praticité. À l’usage, il trahit la promesse : boulochage, toucher plastique, vieillissement sans grâce. Pire, chaque lavage relâche des microfibres qui colonisent les eaux et nos corps. Un vêtement quasi éternel parce qu’il est en plastique n’est pas durable : c’est un déchet différé.
Le véritable luxe épouse le rythme du vivant. La laine respire, régule, se répare. Le lin et le chanvre conjuguent fraîcheur, résistance et sobriété hydrique. La soie capte la lumière comme aucune fibre artificielle. Un cuir tanné végétalement gagne en profondeur au fil des années. Ces matières portent un terroir, des saisons, des gestes. Elles ont une mémoire qui s’entend au froissement d’une manche et se voit à la patine.
Réhabiliter ce langage impose une autre équation économique : concevoir pour durer, entretenir, réparer, reprendre, transmettre. Le luxe du XXIe siècle n’est pas l’accumulation mais l’intensité d’usage : moins de pièces, mieux faites, suivies par la maison qui les a créées. Il exige de la clarté : origine des fibres, élevages et cultures régénératifs, teintures sobres,
finitions sans PFAS, traçabilité assumée. Ainsi, un tailleur en laine cardée locale, doublé lin, est plus audacieux qu’un costume « tech »
saturé de polyester.
Faut-il renoncer à l’innovation ? Non. Elle a du sens quand elle prolonge la vie du naturel : recyclage de laines et soies, reconditionnement des cuirs, pigments végétaux stabilisés… L’innovation peut explorer des biomatériaux non fossiles. Mais confier le récit du luxe aux hydrocarbures, c’est diluer l’âme des ateliers dans un baril. Aux maisons, aux ateliers, aux clients, choisissez des fibres issues de la terre, réparables et belles en vieillissant. Exigez le temps long. Entretenez plutôt que jeter. Le vrai luxe n’a pas l’odeur du pétrole !
CV express
Entrepreneur engagé, circulaire et solidaire. Après un début de carrière dans l’événementiel de la mode, j’ai choisi d’accompagner les acteurs engagés vers des pratiques responsables, en me spécialisant dans la communication bas carbone. Aujourd’hui, je développe des événements créatifs et durables pour promouvoir notamment une mode plus éthique et sensibiliser le grand public comme les professionnels.
J’aime : passer du temps en famille, la musique classique, les livres et les podcasts d’histoire, flâner en centre-ville de Poitiers, le triathlon (passion naissante !).
J’aime pas : la guerre, la fast et l’ultra fast-fashion, les râleurs, les clichés, attendre !