Après avoir obtenu
un financement de
250 000€, deux professionnelles de santé du CHU de Poitiers se lancent dans la phase de test de leur projet de recherche sur les méthodes de prélèvement pour la détection des virus hivernaux chez les nourrissons.
« On en a bavé mais on est assez fières ! » Les sourires se dessinent derrière leurs masques, lorsque Laura Goram, auxiliaire de puériculture et Laure Devienne, infirmière spécialisée, parlent du projet pour lequel elles travaillent depuis près de deux ans(*). Leur objectif ?
Remplacer le prélèvement nasopharyngé à la sonde pour détecter les virus hivernaux chez les nourrissons par une méthode moins invasive pour l’enfant : un prélèvement salivaire à l’aide d’un simple bâtonnet baptisé « sucette éponge ».
Un projet ambitieux pour ce binôme du CHU de Poitiers que rien ne prédestinait à faire de la recherche. « Nous n'étions pas du tout familières avec le jargon de la recherche », raconte Laura. « Malgré de grands moments de solitude, on a voulu y croire », complète Laure.
« Si on n’a plus ce geste à faire, ce sera idéal »
Cette innovation ne contribuerait pas seulement au bien-être des enfants, âgés d’1 mois à 2 ans, mais aussi à celui des parents et du personnel de santé : « Bien souvent, on se retrouve à trois pour maintenir le bébé », illustre Laure. Une nouvelle méthode qui représenterait un gain de temps et un soulagement à tous les étages avec des centaines de prélèvements par an dans le service pédiatrique et aux urgences. « Si on n’a plus ce geste à faire, ce sera idéal », souligne Laura. L’objectif ultime est de conserver la même efficacité dans les résultats que pour les prélèvements nasopharyngés.
De la théorie
à la pratique
Pour mener à bien leurs travaux, le duo a dû s'armer de patience et redoubler d’efforts. A la clé, un financement de 250 000€ alloué dans le cadre du Programme hospitalier de recherche infirmière et paramédicale (PHRIP). « On nous a dit que c’était très rare d’obtenir le PHRIP du premier coup, on se dit qu’avec tout ce qu’on a traversé on a réussi haut la main »,
se félicite Laura. Une réussite pour ce tandem complémentaire. « Nous avons des statuts et des regards différents mais on s’épaule mutuellement », assure Laure.
Les premiers prélèvements verront le jour en septembre 2026. 502 petits patients seront testés sur une période de trois ans. La mise en place du protocole scientifique, très rigoureux, représentera 20% de leur activité. L’innovation pourrait à terme dépasser les frontières de la puériculture. « On se dit que si ça marche sur les nourrissons, ça peut marcher pour tout le monde », espère Laura. De quoi encourager le monde du paramédical à suivre leur exemple et à se lancer dans des programmes de recherche généralement dévolus aux médecins.
(*)Les Dr Luc Deroche, biologiste, et Claire Morton, pédiatre, ont laissé à leurs deux collègues le soin de porter le projet.
Sacha Berritane