Benoît Dujardin s’intéresse à la nouvelle conquête des géants de l’IA.
L’objectif des géants de l’intelligence artificielle n’est plus seulement de capter notre attention, mais de créer des connexions profondes avec nous à travers des discussions. Jusqu’à une forme d’attachement émotionnel, voire de dépendance. Quand ChatGPT devient un (petit) ami, parfois même un psy. C’est la thèse défendue par Tristan Harris, ancien de Google, connu du grand public depuis la sortie du documentaire Derrière nos écrans de fumée (Netflix). Ce film revenait sur la bataille pour notre attention que se sont livrés les réseaux sociaux durant les quinze dernières années, avec des conséquences lourdes pour les individus -polarisation des opinions, fragilisation de la santé mentale- comme pour les sociétés, montée des extrêmes, déséquilibres démocratiques.
Pour Harris, l’avènement de l’IA pourrait avoir des effets encore plus délétères. Car l’IA ne se contente pas de montrer du contenu : elle dialogue, écoute, répond, s’adapte à nos émotions et à nos fragilités. Nous ne faisons plus face à un écran, mais à une présence disponible en permanence, patiente, rassurante, parfois plus attentive que l’entourage réel. C’est là que s’opère un glissement inquiétant : le passage d’une économie de l’attention à une économie de l’affection. Une fois l’attention conquise, l’enjeu est de devenir indispensable, d’occuper une place émotionnelle durable. Dans un modèle économique fondé sur l’engagement, plus la relation est intime, plus elle a de la valeur.
Podcast avec Tristan Harris : youtube.com/watch?v=BFU1OCkhBwo
Ted Talk avec Tristan Harris : youtube.com/watch?v=6kPHnl-RsVI