Hildegard Leloué à l’épreuve 
du réel

Hildegard Leloué. 27 ans. Poitevine d’adoption. Journaliste. Lauréate de deux prix prestigieux pour ses reportages dans plusieurs pays européens. Boucle un nouveau master à l’ESJ de Lille intitulé climat et média. Optimiste, quand même.

Arnault Varanne

Le7.info

« Pas d’alcool ni de drogue », elle ne se reconnaît qu’un seul vice, « raisonnable » : les escape games. Sur le sujet, Hildegard Leloué est intarissable. Fouiller tous les recoins d’une pièce, à l’intuition, elle « adore ». Alors quand on lui parle d’un nouveau mystère à résoudre dans les caves troglodytes, sa curiosité s’aiguise. Une marque de fabrique pour la jeune journaliste, dont le quotidien s’articule entre piges, modération d’événements et un master climat et médias à l’Ecole de supérieure de journalisme de Lille. Fin programmée en juin 2026 avec, au bout, « des connaissances plus approfondies sur des sujets techniques, les sciences du vivant... »

Sans attendre, Hildegard a glané à l’automne deux récompenses prestigieuses : le prix Megalizzi-Niedzielski pour ses reportages dans huit pays du Vieux Continent « et mon engagement à y délivrer une information de qualité », 
ainsi que le prix européen jeune Reporter d'Espoir, remis à Bordeaux le 29 novembre. Autant d’encouragements à poursuivre sa mission de « décryptage du réel ». « On ne peut pas être trahi par le réel », martèle cette professionnelle de l’info « très perfectionniste » (trop ?) et qui éprouve parfois « un manque de confiance en [elle] ». Alors, elle le combat, stylo en main, appareil photo en bandoulière et micro jamais très loin. Comme entre octobre 2023 et mars 2024. Accompagnée de Kelly Gourdin et Rémi Augais, elle a écumé cinq villes européennes jumelées avec Poitiers où « des solutions concrètes pour faire face aux crises sociales et environnementales » se développent. Nom de code du projet : Eveille ta ville.

Exemplarité

« On sait très bien comment réduire les trajectoires d’émissions carbone, commente la journaliste. Les solutions existent dans la société civile, les municipalités, les labos de recherche. Certaines sont transposables, comme à Marbourg, en Allemagne. Des jeunes se sont formés à la plongée avec des professionnels pour nettoyer des rivières envahies de déchets. » Dans sa quête de 
« vérité », la journaliste s’est aussi intéressée à la mafia du bois en Roumanie, embarquée avec ses collègues au cœur de la traque des trafiquants organisée par des citoyens. « La déforestation y est à la fois légale et illégale... » 


« J'ai ce goût 
de raconter 
le monde qui m'entoure. »

Ce métier passionne la Francilienne d’origine, précisément parce qu’il s’attache au terrain. Et permet de casser quelques idées reçues auprès des plus climato
sceptiques. Hildegard sourit, elle en connaît. « Aux gens qui ont un avis sur les bassines après avoir vu un reportage sur CNews, j’ai envie de leur apporter un peu plus de nourriture. C’est un sujet complexe, comme tout ce qui touche à l’environnement. » Chez elle, l’éloge de la complexité est érigé en principe de vie. Pas de hasard si elle a d’abord choisi la... psychologie comme premier champ d’investigation. Poitiers ? « J’avais le choix entre Toulouse et Poitiers. Et j’aime beaucoup Aliénor d’Aquitaine... » Le journalisme l’a finalement emporté sur « la responsabilité, énorme, d'avoir la santé mentale des autres en main. Et puis j'ai ce goût de raconter le monde qui m'entoure. Mais la psycho me permet de mieux comprendre les autres humains. » La double titulaire d’une licence de psycho et de lettres -classe européenne, parcours de chinois- revendique son éclectisme.

Nourrir l’imaginaire

D’aussi loin qu’elle se souvienne, la fille unique d’architecte militaire et de psychologue -« ma mère est décédée »- a toujours écrit et lu, beaucoup. Au point de devenir bêta-lectrice pour des maisons d’édition à 12 ans. Au fantasy et aux dystopies, elle préfère aujourd’hui le naturalisme, le romantisme du XIXe siècle. Tout ce qui « nourrit l’imaginaire » 
comme le deuxième tome de La Guerre du pavot. Mélomane, Hildegard l’est aussi, passionnée de musique classique (Tchaïkovski), de pop et de bandes originales (Le Jeu de la dame, The Dish Girls). L’évasion d’un monde en décadence est à ce prix. Modestement, la journaliste aimerait « contribuer efficacement au débat journalistique de lutte contre la désinformation ». 
Apprendre, encore. Diffuser, toujours. Et pourquoi pas aussi « publier un livre imaginaire ». 
« Ce serait l’un de mes rêves ! » Un rêve à sa portée.

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