Aujourd'hui
Le projet dont tu es la plus fière ?
« Les décorations du BHV à Paris. C’était un énorme défi : il fallait imaginer les sept vitrines de Noël, l’univers graphique du magasin. J’ai accepté en me disant que si eux me faisaient confiance, je devais me faire confiance aussi. Aujourd’hui, avec les polémiques autour du magasin, ce projet ne correspond plus vraiment à mes valeurs. Mais il reste une étape fondatrice dans mon parcours. »
Comment imagines-tu ta vie dans 30 ans ?
« J’ai toujours été très manuelle et créative. Je serais très triste de ne plus être artiste dans 30 ans. Peut-être que je n’en vivrai plus, car il ne faut pas se voiler la face : l’IA menace déjà la création, et j’ai du mal à imaginer ce que ce sera dans dix ans. Mais j’espère que la création fera toujours partie de ma vie. »
Et la société dans 30 ans ?
« Je suis assez partagée. J’ai de l’espoir pour notre génération, très engagée sur de nombreux sujets, mais je me rends compte que cette vision est biaisée par mon entourage. Quand je me décentre, j’observe que la jeunesse est beaucoup plus divisée qu’on ne le pense. Je trouve ça fou qu’une personne de mon âge puisse être aussi arrêtée sur certaines questions. »
Qu’est-ce qui te révolte ?
« Les reculs sur les droits des femmes, qui vont de pair avec la montée de l’extrême droite. Voir que des droits fondamentaux comme l’avortement peuvent être remis en cause, même en Europe, est très angoissant. On se rend compte que rien n’est jamais acquis. »
Comment tu t’engages pour changer les choses ?
« Je dissocie volontairement mon art de mes engagements. Créer est ce qui m’anime le plus, et je ne veux pas polluer cet espace avec de l’anxiété. Mes valeurs sont présentes de manière implicite dans mon travail : diversité, représentation des femmes, inclusion. Mon engagement passe aussi par les discussions autour de moi et le relais d’artistes engagées. »
Quelle place occupe l’écologie dans ton quotidien ?
« J’agis à mon échelle : consommation plus responsable, moins de viande. Il y a eu une période où j’étais beaucoup plus stricte, mais ça m’a déprimée. Quand on voit l’impact carbone des milliardaires, on a l’impression d’agir dans le vide. »
Quand tu regardes l’actualité, ça t’inspire quoi ?
« Beaucoup d’anxiété. J’ai réduit ma consommation d’informations. Je m’informe surtout via des formats pédagogiques comme Hugo Décrypte. Je n’ai plus confiance dans les JT, qui sont politisés, même lorsqu’ils se disent neutres : il y a des propriétaires idéologiquement engagés à leur tête. »
Qu’est-ce qui te donne de l’espoir ?
« Les initiatives individuelles et collectives, les personnes engagées qui agissent concrètement. Et mon travail aussi : créer une bulle de joie sur Instagram (48 000 abonnés), apporter du beau, de la couleur, c’est déjà une forme de d’espoir. »
Quel message adresser aux générations à venir ?
« Ne laissez pas l’angoisse du monde étouffer vos envies. Même si un projet ne devient jamais un métier, il ne faut pas abandonner ce qui vous anime. Rien n’est jamais figé, à aucun âge. »
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