Les colos en reconquête

Le gouvernement vient de lancer une campagne de communication pour relancer les colonies de vacances, boudées par enfants et parents. Dans la Vienne comme ailleurs, on assiste à une émergence de séjours plus courts et thématisés. Plusieurs facteurs expliquent le phénomène.

Arnault Varanne

Le7.info

« Les colos, c’est bon pour grandir. » « En colo, j’ai confiance. » 2007-2015. Deux slogans chic et choc pour un seul message gouvernemental : relancer les fameuses colonies de vacances, théâtre d’émancipation par excellence. En vingt ans, les séjours collectifs de vacances ont chuté de manière vertigineuse. En 1995, le taux de départs des 5-19 ans atteignait 14%. Un chiffre aujourd’hui divisé par deux. « La baisse de fréquentation, on la ressent nettement », reconnaît Aurélie Darlay, responsable enfance à la Ligue de l’enseignement de la Vienne. Selon les chiffres de la Direction départementale de la cohésion sociale, le nombre de « colos » dans le département est passé de 268 en 2013 à 239 en 2014.

« A contrario, les séjours de courte durée, d’une à quatre nuits, se sont beaucoup développés au cours des quatre dernières années (58 à 162) », observe pour sa part Anne Danière-Moreau, inspectrice Jeunesse et Sports à la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS). De fait, les enfants partent moins longtemps et sur des séjours de plus en plus thématisés. « On est dans des modes de consommation des loisirs de plus en plus individualistes. Et puis, il faut bien voir que la crise économique a des effets réels sur le pouvoir d’achat des gens, surtout les classes moyennes », insiste Jacques Demiot. Le responsable éducatif enfants de la Ligue de l’enseignement se souvient avoir animé des colos à « 120 ou 150 gamins de la région parisienne » dans les Hautes-Pyrénées. « Ce temps-là est révolu ! », constate l’ancien enseignant.

Des contrôles sévères

Pourtant, chacun s’accorde à louer les qualités de la colonie pour les enfants. « C’est l’endroit où s’instaurent la mixité, le vivre-ensemble, avec des règles à respecter. » « Ils découvrent la vie en collectivité et deviennent plus autonomes », ajoute sa collègue Aurélie Darlay. Bref, les vertus de l’éloignement et de la collectivité seraient nombreuses. Seulement voilà, quelques faits divers tragiques, notamment le décès d’un enfant en Ariège, en 2014, l’incapacité des classes moyennes à débourser 500 ou 600€ sans être aidées, ainsi que la méfiance des parents vis-à-vis des équipes d’encadrement ont peu à peu raison de la colo à l’ancienne.

« La directive européenne sur les onze heures quotidiennes de repos pour les animateurs a augmenté le coût des séjours d’environ 20% », reconnaît Anne Danière-Moreau. Là-dessus, l’Etat ne peut pas grand-chose. En revanche, ses services s’attachent à rassurer les familles sur la dimension sécuritaire. Déclaration des séjours, contrôle de la qualité des locaux, du matériel, de l’honorabilité des animateurs, qualification du directeur de la colo, visites inopinées… « Nous sommes dans la plus extrême vigilance, de manière à assurer la sécurité physique et morale des enfants », appuie l’inspectrice Jeunesse et Sports. Sera-ce suffisant pour remettre au goût du jour ce qui semble passé de mode ? « A titre personnel, je suis convaincu que la colo fait grandir, dans le plaisir, la joie et la bonne humeur », conclut Aurélie Darlay. Convaincu(e)s ?

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