Finances : un effet Covid à redouter

Trois montées en hockey, rugby et handball, un possible maintien en Pro B de basket... Le sport collectif poitevin se porte bien. Une excellente nouvelle sur le terrain, mais un vrai casse-tête budgétaire à venir après la crise du Covid-19.

Arnault Varanne

Le7.info

Ronan Nédelec a appris la bonne nouvelle un samedi d’avril en fin d’après-midi. Après plus de deux décennies en Division 3, le Stade poitevin hockey club évoluera en « D2 » la saison prochaine. C'est un beau challenge qui nous attend car il y a un sacré écart entre la D3 et la D2 ! », reconnaît le président des Dragons. S’il savoure aujourd’hui, le dirigeant sait aussi que « le plus dur commence ». Le plus dur, c’est évidemment consolider le socle des partenaires privés, en séduire d’autres et convaincre les collectivités de suivre le club financièrement dans cette aventure. 

Hélas, plusieurs obstacles se dressent sur la route des clubs poitevins promus sur décision administrative, en raison de l’arrêt des championnats pour cause de Covid-19. D’abord, la situation économique. « Ce n’est pas la meilleure période pour solliciter, par exemple, des hôtels ou des restaurants », illustre Jean-Marc Mendès, président du Grand Poitiers handball 86, dont l’équipe masculine jouera en N1, le troisième niveau français. Le « GPH » 86 table sur une augmentation de 15 à 20% de son budget (350 000 à 420 000€). 

« Entre les mains des politiques »

A l’incertitude sur la réponse des partenaires privés, s’en ajoute une autre : les réponses hésitantes des collectivités locales sur leur soutien (voir repères). Et pour cause, le Covid-19 devrait affecter leurs finances, au risque de les obliger à plafonner leur soutien aux clubs sportifs au même niveau que l’an passé, alors que trois d’entre eux -hockey, handball et rugby, le Stade étant promu en Fédérale 2- auront besoin de ressources supplémentaires. « On ne sait pas trop où on va avec ce foutu virus, soupire Michel Laidet, président du Stade poitevin rugby. Je suis incapable de dire si nous pourrons avoir le même budget que cette saison (380 000€, 25% de partenaires privés). On navigue à vue car on ne sait pas trop comment vont réagir la société et l’économie. »

A Poitiers, comme dans près de 5 000 communes françaises, on ne connaît toujours pas le nom du futur maire de la ville. L’hypothèse d’élections municipales en septembre et octobre prend chaque jour un peu plus de corps, ce qui repousserait d’autant les décisions. « Notre avenir est entre les mains des politiques, résume Jean-Marc Mendès, surtout si on nous demande de redémarrer une saison sans spectateurs ou avec des salles à moitié pleines ». 

« Un budget de sacrifices »

Ce scénario, les représentants des clubs professionnels de basket le repoussent à l’unanimité. « Pour nous, jouer à huis clos, c’est non », résume Louis Bordonneau, président du PB86. La billetterie représente « 10 à 12% » de son budget -2,275M€-, hors valorisation des avantages dévolus aux partenaires. Dans l’attente d’une décision concernant un éventuel maintien en Pro B, le PB prépare donc la saison prochaine avec quelques craintes. Pro B ou Nationale 1(*), « ce sera un budget de sacrifices, chacun doit en prendre conscience et faire des efforts, convient l’ancien directeur d’un réseau de banques. La Ville et le Département m’ont dit qu’ils maintiendraient la même manne que cette saison. J’espère pouvoir limiter la baisse à 250 000-300 000€... »

(*) Verdict le 27 mai à l’occasion d’une assemblée générale de la Ligue nationale de basket, où les différents scénarii de poursuite du championnat ou d’arrêt définitif de la saison 2019-2020 seront tranchés. 

 

 

« L’économie du sport remise en question »

François Blanchard, conseiller municipale en charge des Sports, vice-président de Grand Poitiers : « La montée des trois clubs est une très bonne nouvelle.  Nous avions anticipé, avec notamment la création de nouveaux espaces au rugby et au hockey pour développer le partenariat privé. Notre engagement, c’est de maintenir la subvention de fonctionnement à l’identique de l’année dernière et d’être à l’écoute des demandes complémentaires.  Maintenant, la crise sanitaire que nous traversons bouleverse le processus décisionnel et le fonctionnement de la collectivité. L’attribution des moyens alloués au sport sera peut-être différente demain en fonction des nouvelles priorités sociales. J’ai bien conscience que toute l’économie du sport est remise en question. »

Bruno Belin, président du Département : « Malgré la crise, nous continuerons de soutenir les équipes dont nous saluons les résultats et remercions vivement les bénévoles qui les encadrent. Nous avons d’ores et déjà reçu des demandes en lien avec la montée de certains clubs, à l’image du hockey. Nous allons regarder la situation de chacun et notre engagement pourra évoluer, à condition d’une position similaire de la ville ou de la communauté urbaine. (...) Le Conseil Départemental est le premier partenaire du sport dans la Vienne. Tous les clubs savent que nous serons toujours à leur écoute. »

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