Xavier Valentin, fait de chair et d’os

Xavier Valentin, 50 ans. Ce chercheur de l’unité de paléontologie (Palevoprim) de Poitiers vient de découvrir les restes du plus grand titanosaure d’Europe. Passionné d’écosystèmes (très) anciens, il a créé l’association Palaios pour effectuer bénévolement des fouilles là où son œil avisé le mène.

Romain Mudrak

Le7.info

Etre au bon endroit, au bon moment. Pour certains, c’est une question de chance. Pour d’autres, comme Xavier Valentin, c’est surtout le fruit d’une passion exercée avec acharnement depuis le plus jeune âge. Imaginez, ce paléontologue poitevin a trouvé son premier crâne de crocodile fossilisé à... 12 ans. C’était dans une carrière de Marseille, sa terre d’origine. De quoi capter à l’époque l’attention de scientifiques avertis. Le début d’une belle vocation. « J’ai toujours fait partie de clubs naturalistes », se sou- vient le scientifique à l’aube de la cinquantaine. Sa formation, elle s’effectue sur le tas. Et à force d’exercer son œil sur de multiples terrains de jeu, Xavier Valentin devient de plus en plus perspicace. A 21 ans, il est mili- taire engagé pour cinq ans dans le bataillon de parachutistes de Carcassonne quand il découvre le gisement de fossiles de Velaux-La Bastide, qui lui offrira plus tard tant d’émotions et un brin de notoriété. « C’était pendant une permission, se souvient l’intéressé. Certains allaient au troquet, moi j’allais chercher des cailloux. » Nous sommes en 1992. Au terme de son contrat, il devient maçon puis participe en tant qu’amateur avisé à la création du musée-parc des dinosaures et de la préhistoire à Mèze, dans l’Hérault. Et à la fin des années 1990, il intègre une équipe du Muséum d’histoire naturelle d'Aix-en-Provence, chargée d’explorer le sous-sol du centre de la ville, à l’occasion de la construction d’un lotissement. Des œufs de dinosaure y sont d’ailleurs trouvés. C’est là réellement que Xavier Valentin décide de transformer sa passion en métier.

Le Titan de la garrigue

Le destin l’amène à croiser le chemin de Michel Brunet qui l’embarque avec lui, en tant que technicien, vers le Tchad qu’il connaît si bien pour l’avoir sillonné en uniforme. En 2001, la découverte de Toumaï, le premier hominidé (daté de 7 millions d’années) est pour lui presque anecdotique. Xavier Valentin est pourtant co-signataire de la publication. « Tout cela, c’est déjà vieux ! » Lui retourne rapidement sur le site de Velaux pour mener une première campagne de fouilles officielle, dix ans après le contact liminaire. « Nous étions sur un site très intéressant, remontant à la fin du Crétacé supérieur, dix millions d’années à peine avant l’extinction des dinosaures. C’était l’occasion de retrouver toute la diversité de la faune et de la flore de cette époque. » Et ce gisement ne va pas le décevoir. Chaque année, il en rapporte des centaines de spécimens. En 2010, son équipe déterre Atsinganosaurus velauciensis, un titanosaure européen inconnu jusqu’à lors. En 2017, nouvelle découverte. Dans la famille des rhabdodontidés, identifiée dès le milieu du XIXe siècle, je demande le Matheronodon provincialis (environ 5 mètres). Tout un écosystème reptilien voit le jour pour la première fois depuis 70 millions d’années. Et là, il y a quelques semaines, une équipe paléontologique internationale pilotée par Xavier Valentin publie dans la revue Historical Biology la description d’un nouveau titanosaure, le Garrigatitan. Plus grand que tous ses congénères européens, il mesurait 12 mètres avec son long cou et pesait jusqu’à 2,5 tonnes.

Etre paléontologue en France, c’est moins sexy, scientifique. D’autant plus quand on ne s’intéresse pas à l’Homme. Mais lui bénéficie d’une aura particulière. Curieux de nature, il va où on ne l’attend pas. Et ça marche. A Persac dans le Sud-Vienne, en 2018, Xavier Valentin a négocié avec une grande en- treprise d’exploitation de carrière de pierre la sauvegarde d’un site qu’il a repéré en un coup d’œil. Résultat : « Après analyse, nous étions sur l’un des quatre ou cinq gisements au monde datant de l’étage cénomanien du Crétacé supérieur, autour de 100 millions d’années. » Une vidéo est à retrouver sur la WebTV de l’université.

Des fouilles bénévoles

Tout ce qu’il touche se transforme en or. A Jaunay-Marigny, en 2012, il sollicite une autorisation exceptionnelle pour prospecter sur le tracé de la LGV. Ce n’est pas tous les jours qu’un tel chantier permet d’explorer le sous-sol du département. Avec Patrice Ferchaud et d’autres complices, il « sacrifie » tous ses week-ends pendant trois ans pour une seule cause : exhumer des trésors d’un autre âge. Bingo ! Là, sous nos pieds, des plantes fossilisées et surtout trois petites plumes d’un dinosaure carnivore âgé de 100 millions d’années. De quoi remettre en cause les cartes paléogéographiques qui tendaient à placer la Vienne sous l’eau à cette époque. « Moi-même, j’ai été surpris de trouver autant de matériels ici. » Xavier Valentin explique que ce chantier de fouilles a été mené bénévolement, sous couvert de l’association Palaios qu’il a créée. Et là, on découvre un mode de financement surprenant valable sur bien d’autres études paléontologiques. « Je vais souvent négocier directement avec les collectivités. Je pars alors d’un espoir mais je n’ai rien à montrer. Il faut convaincre. » Le matériel collecté passe parfois par le local de l’association, avant de rejoindre le centre de valorisa- tion des collections de l’université. Dans son petit village près de Valdivienne, il a constitué un véritable laboratoire où il travaille avec sa compagne Géraldine Garcia, elle aussi paléontologue au sein de l’unité Palevoprim (CNRS/université de Poitiers).

La prospection à pied, il n’y a que ça de vrai. « C’est une passion, comme aller aux champignons même si souvent, les fouilles ne mènent à rien », nuance-t-il avec humilité. Oui mais quand ça donne, c’est prodigieux.

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