"Les rêveurs" : quand renouer avec l’enfance répare le présent

Avec Les Rêveurs, Isabelle Carré signe un film personnel, sensible et lumineux, abordant avec justesse le sujet de la santé mentale des plus jeunes. Un film nécessaire qui sonne comme un message.

Charlotte Cresson

Le7.info

Élisabeth (Isabelle Carré) est une comédienne renommée. Les gens la reconnaissent dans la rue, elle vit à cent à l’heure et enchaîne les représentations. Puis un jour, en animant un atelier d’écriture auprès d’adolescents en psychiatrie, son passé la rattrape. L’artiste replonge dans ses souvenirs : son enfance au sein d’une famille parisienne excentrique des années 1970, son envie de liberté mais aussi… sa tentative de suicide suivie de son propre internement à 14 ans. Elle se souvient aussi (et surtout) de la manière dont le théâtre l’a sauvée. Et si c’était à son tour d’aider ces ados ? Cette histoire, quelques détails mis à part, c’est celle d’Isabelle Carré. Dans Les Rêveurs, l’actrice adapte son roman autobiographique du même nom en évitant avec brio la reconstitution clinique et le pathos. Le sujet pourrait pourtant s’y prêter mais la réalisatrice ne tombe pas dans le piège et dose avec justesse mélancolie et humour. Le récit, lui, fait des aller-retours entre passé et présent, entre l’unité pédopsychiatrique d’antan et celle d’aujourd’hui. Un bon moyen pour la réalisatrice de soulever les écueils du soin de la santé mentale selon les époques. La force du film tient dans son double point de vue : celui de l’adulte et de l’adolescent. Les jeunes comédiens sont d’ailleurs d’une justesse troublante. La caméra capte les corps frêles, la détresse, les silences, la complicité et leur force… Si bien que l’on se sentirait presque projeté dans cette (étouffante) unité pédopsychiatrique du milieu des années 1980, avec ses doubles fenêtres, ses lacets interdits et ses médicaments comme unique solution. Si la forme privilégie la douceur et la poésie, le propos, lui, se fait urgent. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le film ne se contente pas de relater l’histoire personnelle d’Isabelle Carré. Il finit par des statistiques brutes qui transforment l’émotion et le récit en prise de conscience et, osons le dire, en combat politique. Les Rêveurs se conclut en effet sur des chiffres glaçants. En France, les hospitalisations des jeunes filles de 10 à 14 ans en psychiatrie ont augmenté de 246% ces dix dernières années. Parmi elles, une sur deux a fait une tentative de suicide. Des chiffres effrayants auxquels s’ajoute un problème de taille. La pédopsychiatrie, qui a désormais les connaissances nécessaires pour venir en aide aux jeunes patients, manque de moyens. Cela fait réfléchir, n’est-ce-pas ?

Drame d’Isabelle Carré avec elle-même, Judith Chemla, Tessa Dumont-Janod (1h46).

DR

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