Des médecins du CHU de Poitiers ont publié une étude mettant en cause la fiabilité des analyses de microbiote intestinal proposées en libre accès par certains laboratoires français.
Une étude menée par des médecins du CHU de Poitiers et publiée dans la revue internationale Gut remet en question la pertinence des tests de microbiote intestinal proposés en libre accès par certains laboratoires(*). Selon leurs travaux, ces analyses, vendues sans prescription médicale et à des tarifs élevés (entre
150 et 250€), présenteraient un manque de fiabilité susceptible d’induire les patients en erreur.
Le microbiote intestinal (l’ensemble des micro-organismes présents dans l’intestin) fait l’objet de nombreuses recherches scientifiques. Son déséquilibre est associé à plusieurs pathologies, notamment l’obésité, certaines maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ou encore des affections cardiovasculaires.
Une expérience
pour preuve
Sur fond d’intérêt croissant pour ce domaine, des laboratoires commercialisent des tests censés évaluer l’état du microbiote et proposer des recommandations personnalisées. Une promesse trompeuse selon le professeur biologiste et praticien hospitalier, Christophe Burucoa. « Il n’y a pas de bon ou de mauvais microbiote. Ces laboratoires surfent sur la mode et l'engouement qu'il peut y avoir sur le sujet. Nous ne disposons pas encore de test individualisé », indique-t-il.
Dans le cadre de leur étude, les chercheurs poitevins ont envoyé un échantillon de selles à cinq laboratoires différents (reconstitué à partir de trois donneurs). Sans surprise, les résultats obtenus se sont révélés « incohérents, avec des interprétations divergentes, des diagnostics contradictoires et des recommandations parfois opposées ». Et le Pr Burucoa de rappeler : « Ce sont les médecins généralistes et les gastro-entérologues qui sont en première ligne pour comprendre et accompagner les patients. »
Pour les trois spécialistes, ces pratiques ne font « qu’exploiter la vulnérabilité des patients en quête de réponses ». C’est pourquoi ils réclament un encadrement plus strict des autorités de santé afin d’éviter les dérives.
(*)L’étude a été menée par une cardiologue et deux biologistes, les professeurs Claire Bouleti et Christophe Burucoa, et le
Dr Maxime Pichon, en collaboration avec le groupe MicMac de la société française de microbiologie.