Les étudiants refont le sommet

La Cop21 s’achève ce vendredi. Les dirigeants des cent quatre-vingt quinze pays représentés ont pour mission d’aboutir à un accord universel, permettant de contenir le réchauffement global à 2°C. Le « 7 » a réuni plusieurs étudiants poitevins de diverses nationalités pour qu’ils débattent ensemble des enjeux de ce sommet.

Florie Doublet

Le7.info

Le Tchad appuie le discours du Cameroun sur le développement des énergies durables. La Côte d’Ivoire et le Mali s’entendent sur l’origine des financements de projets « verts ». La Chine met en avant ses efforts pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, tandis que l’Île Maurice et la Colombie s’interrogent sur l’engagement de la population civile. Non, il ne s’agit pas de tumultueux débats se déroulant au Bourget, mais d’une franche discussion entre les quatre murs de la salle de réunion de la Maison des étudiants (MDE).

Zijun, Laura, Mireille, Moussa, André, Changwei, Mahamat, Amoussoulé et Frederick étudient tous à Poitiers, mais sont de nationalités différentes. Ils ont accepté de défendre leurs points de vue sur les enjeux de la Cop21. « On le sait, les puissances économiques comme l’Europe, les Etats-Unis ou la Chine sont les plus grands pollueurs. L’Afrique ne représente que 3,5% des émissions des gaz à effet de serre. Et pourtant, notre continent subit particulièrement les conséquences du réchauffement climatique », constate Mireille, Camerounaise. Mahamat hoche la tête. « Chez moi, au Tchad, il existe un lac qui a perdu 90% de sa superficie en cinquante ans à cause de la sécheresse, explique-t-il. C’est une véritable catastrophe économique, car il faisait vivre cinquante millions de personnes grâce à l’agriculture, la pêche, l’élevage… »

La Cop21, un simple prétexte ?

Rapidement, une conclusion affleure… « Les puissances occidentales ont bien profité de nos richesses naturelles, de notre pétrole », assurent les représentants du continent africain. En clair, il est grand temps qu’elles rendent la monnaie. « Il est désormais de leur devoir de nous accompagner financièrement et techniquement vers le développement d’énergies vertes », assurent-ils. « Cela ne suffit pas, lâche André, étudiant ivoirien. C’est bien beau de dire qu’on va nous aider. Mais finalement, qui sont les pollueurs ? Ce n’est pas nous ! »

Parole à la défense. Changwei et Zijun admettent sans mal que la Chine, deuxième puissance économique mondiale, est une forte émettrice de gaz à effet de serre. « C’est la réalité, nous ne rejetons pas cette responsabilité. Nous essayons d’allier croissance économique et transition écologique. Ce n’est pas facile. »

La Colombienne Laura a écouté avec attention les débats et attendu patiemment son tour pour délivrer sa vision de la Cop21. Une vision pour le moins… dissonante. « Ce n’est qu’un prétexte permettant aux chefs d’Etat de se prendre pour les sauveurs de la planète. On parle de l’Afrique, de l’Europe, de la Chine, mais mettez tous la main dans la poche de votre jean et vous y trouverez le portable dernier cri fabriqué avec des terres rares. C’est à nous, citoyens, de nous responsabiliser. Le réchauffement climatique, c’est de notre faute ! »

Frederick n’est pas tout à fait du même avis. Pour le Mauricien, cet événement a le mérite de réunir « ceux qui détiennent le pouvoir ». « Ce sont leurs décisions qui vont avoir des conséquences sur la population, affirme-t-il. Chez nous, la montée des eaux est un vrai problème. La mer dégrade les plages, cela nuit au tourisme. Elle s’infiltre dans les nappes phréatiques. »

En bref, la Cop21 semble être le sommet de la dernière chance. Mireille n’est guère optimiste… « Après la conférence de Stockholm en 1972, la création, par l’ONU, du groupe d’experts sur le climat en 1988, la signature de la convention cadre des Nations-Unies en 1992, le protocole de Kyoto en 1997, à quand une véritable solution ? » Peut-être l’objet d’un futur débat, entre les murs de la MDE ?

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