Les boîtes de nuit ne sont plus à la fête

Ils sont les premiers à avoir fermé et seront probablement les derniers à rouvrir. A Poitiers, les gérants de boîtes de nuit et discothèques souffrent de n'avoir que peu de perspectives sur l'avenir de leur activité et partagent un même sentiment d'être les « oubliés de l'après ».

Steve Henot

Le7.info

L'intervention du Premier ministre sur les nouvelles étapes du déconfinement, lundi, n'a pas rassuré les patrons de boîtes de nuit. Pire, elle leur a confirmé qu'ils ne rouvriront pas leurs établissements -parmi les derniers encore fermés du fait de la crise sanitaire- avant au moins septembre. « J'ai été déçu, comme la majorité de mes collègues, confie Pierre Gaudineau, gérant du Room Club, à Poitiers. Plus que jamais, on a l'impression d'être les oubliés de l'après-Covid. »

Samedi dernier, l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) et le syndicat national des discothèques et lieux de loisirs (SNDLL) ont menacé d'attaquer la décision du gouvernement au Conseil d'Etat. Décision d'autant plus difficile à avaler pour la profession que des lieux, où la promiscuité est au moins aussi importante ont, eux, rouvert leurs portes. Les bars de nuit, notamment. « On est vraiment la dernière roue du carosse », peste Stéphane Mesmin, à la tête du Buckingham club, fermé à peine deux mois après son ouverture. « Aux yeux des pouvoirs publics, on est déjà des parias de la société toute l'année », se désole Jérôme Lacroix, propriétaire de deux clubs à Poitiers.

Un secteur déjà en souffrance

Après plus de trois mois de fermeture, les pertes sont déjà conséquentes pour le gérant de la Tomate blanche et de La Grand'Goule. « Plus de 500 000€ de chiffre d'affaires », confie le patron, adhérent à l'Umih. Si la plupart des établissements poitevins ont pu bénéficier des aides de l'Etat (chômage partiel, PGE), un certain nombre de charges continuent de peser sur leurs finances. Des difficultés qui s'ajoutent à un contexte déjà peu favorable au secteur de la nuit. De quelque 4 000 boîtes de nuit en France en 1980, on n'en compte plus qu'environ 1 500 aujourd'hui, selon les chiffres de l'Umih. « On se fait piller nos fonds de commerce par les fêtes privées, explique Jérôme Lacroix. Il y a encore 30 ans, le matériel coûtait cher, personne ne savait mixer... Aujourd'hui, tout est plus facile et accessible. Et plus on attend, plus les gens auront du mal à reprendre l'habitude de revenir en boîte. » Pour autant, aucune recrudescence des tapages nocturnes n'a été notée, ces dernières semaines, par les services de police.

Les propriétaires de clubs veulent rouvrir au plus vite pour la pérennité de leur activité, mais pas à n'importe quel prix. « Le faire avec des mesures trop drastiques ne servirait à rien. On peut rajouter de l'hygiène, en disposant du gel hydroalcoolique et en prenant la température des clients à l'entrée, ce n'est pas un mal. Mais la distanciation physique et le port du masque ne sont pas possibles, sans quoi il n'y aura pas d'ambiance et ça, je n'en vois pas l'intérêt », développe Jérôme Lacroix. « Ce sera compliqué s'il faut aussi diminuer nos jauges », ajoute Pierre Gaudineau. En attendant, les professionnels de la nuit fondent leurs espoirs sur le sens de la fête de leurs clients « Je reçois pas mal de messages de gens qui attendent la réouverture, note Stéphane Mesmin. Au sortir d'une telle période, ils ont besoin de s'amuser. »

DR - Room Club/ Oz. Pict

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