L’augmentation de l’usage détourné du protoxyde d’azote pose de nouveaux enjeux pour la filière des déchets. À Grand Poitiers, les surcoûts liés aux dégradations de l'usine de valorisation énergétique sont estimés à près de 500 000€ sur un an et demi.

Pierre Bujeau

Le7.info

Les collectivités locales sont aujourd’hui confrontées à une problématique d’un genre nouveau : la gestion et le recyclage des bonbonnes de protoxyde d’azote, dont l’usage détourné s’est fortement développé ces dernières années, en particulier chez les jeunes. Mais au-delà des enjeux de santé publique, c’est désormais toute la filière de traitement des déchets qui se trouve mise à l’épreuve. 
« Lorsque ces bonbonnes arrivent dans les fours de l’usine de valorisation énergétique de Saint-Éloi, elles peuvent exploser si elles contiennent encore du gaz », explique Thomas Royer, directeur des déchets pour Grand Poitiers. En l’espace d’un an et demi, le recyclage a donc engendré près de 
500 000€ de dépenses, liées à l’arrêt temporaire de l’usine et aux réparations des fours d’incinération. « Lorsqu’une bonbonne explose, les vibrations se font ressentir jusque dans les murs du site, c’est dangereux, y compris pour les employés », précise-t-il. A ces dégâts matériels s’ajoutent des surcoûts liés au recours à l’enfouissement de ces déchets, une solution plus onéreuse que l’incinération. Autant de dépenses imprévues qui, in fine, pèsent lourd sur le budget public et les contribuables.


Aucune solution

Aujourd’hui, aucun système ne permet de détecter automatiquement la présence de bonbonnes de protoxyde d’azote dans les sacs poubelles classiques. Aucune filière locale de recyclage n’est opérationnelle. Certes, les restaurateurs disposent de circuits spécifiques pour recycler les cartouches utilisées pour les siphons à chantilly. Mais les bonbonnes issues de l’usage détourné sont d’un tout autre gabarit. « Là, on parle de formats « maxi », parfois jusqu’à 32cm de long », précise Charly Fradin, responsable des services techniques à Buxerolles. L’équivalent de plus de 250 cartouches de crème. En attendant l’émergence d’une solution durable et locale, Grand Poitiers est contraint de stocker ces déchets, puis de les confier à des sociétés spécialisées, principalement basées en région parisienne. « Nous avons récupéré près de mille bonbonnes en six mois », indique Charly Fradin. Chaque enlèvement, à raison de 600 bonbonnes par bac -soit une tonne-, coûte près de 6 000€, uniquement pour l’évacuation. Face à l’ampleur du phénomène, la collectivité en appelle désormais à l’État. 
« Il faudrait légiférer, notamment pour interdire la vente de ces contenants », plaide Thomas Royer. En parallèle, un travail est engagé avec la Dreal afin de mettre en place un site sécurisé à l’échelle des quarante communes de l’agglomération. L’objectif consiste à réceptionner et stocker ces déchets en toute sécurité.

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