Hier
Il y a des matches que l'on oublie le lendemain. Et puis il y a ceux que seul le volley sait créer. Les amateurs de dramaturgie ont été servis. L'intrigue s'est nouée en quatre actes renversants -21-25, 18-25, 25-20, 25-17- avant d'offrir aux spectateurs de Lawson-Body un épilogue à la hauteur de l'événement : 15-13 dans le tie-break. Mais pour saisir toute la saveur de cette demi-finale retour des play-offs, il faut revenir au point de départ. Si ce scénario est aussi savoureux à narrer, c’est que rien n’était écrit. Malgré une victoire 3-0 à l’aller, les Poitevins savaient que l’histoire serait différente. Ils n'avaient pas eu à affronter l'arme fatale parisienne. Cloué au lit par une grippe, Vasili Molotkov était absent à l'aller. ”On savait que ça n’allait pas être la même équipe, et que Moloktov allait revenir avec une mentalité plus fraîche”, analyse Dan Lewis, entraîneur de l’Alterna Stade poitevin. A 22 ans, le pointu russe tourne à 19,8 points de moyenne. Sa seule présence suffit donc à changer la physionomie d'une rencontre et à lui donner des allures de piège.
Ça n'a pas loupé. Le piège s'est refermé dès les premiers échanges. Ce Paris-là n'a rien à voir avec celui croisé la semaine passée. Dès l'entrée sur le terrain, Henno et les siens affichent la couleur- celle d'une équipe orgueilleuse qui n'a pas digéré l'affront subi à domicile. Les premières frappes, les premiers échanges sont ceux d'un groupe qui a des comptes à régler. Kulpinac et Henno en sont les détonateurs. Et le Français ne s'arrête pas là.
Présent de bout en bout, il conclut sa demi-finale retour avec 22 points au compteur. C'est beaucoup, mais pas suffisant pour décrocher le titre de meilleur marqueur de la soirée. Car l'inévitable Molotkov veillait. Le pointu russe parachève sa soirée avec 23 points et, surtout, une présence qui a fait trembler le block poitevin à chaque ballon tendu près du filet. Molotkov ne se contente pas de scorer. Il le fait savoir, et il le fait sentir. À plusieurs reprises, il célèbre ses points en fixant les tribunes adverses- bras levés, regard planté dans celui des supporters poitevins déjà chauffés à blanc. Le karma se chargera du reste.
Les espoirs étaient pourtant minces. Et pourtant. Après deux sets inachevés des Blacks, le vent tourne. Plus agressifs, plus tranchants, les locaux retrouvent de l'allant et du mordant. Thomas Pujol, homme du match avec 22 points au compteur, hausse le ton au moment où Paris déjoue, notamment au service. Huit fautes directes du côté parisien dans ce troisième acte, c'est une aubaine que Poitiers ne laisse pas passer. L'écart se creuse. Franco Massimino harangue la foule, et la réponse est immédiate. Le public se lève, se met à y croire, à rêver tout haut. Dans le même temps, Patxi fait parler toute sa roublardise, discutant avec l'arbitre, motivant ses coéquipiers. "Dans le volley, quand ça ne marche pas, il faut changer quelque chose pour provoquer une réaction", glisse le libéro argentin, doyen de cette équipe.
Le set suivant n'a rien d'un rêve, c'est une démonstration. Transfigurés, les Poitevins prennent l'ascendant sur tous les plans. Les contres se multiplient, les blocks s'additionnent avec un Lukas Maase stratosphérique, et l'ascendant psychologique bascule clairement du côté poitevin. Paris plie, sèchement, 25-17. Et puisque la menace est multiple dans cette équipe, Simon Magnin tient lui aussi à laisser son empreinte. Méconnaissable par rapport aux premiers sets, il affiche dans les deux derniers sets un tout autre visage, celui d'un joueur décisif au moment de vérité.
Mais Paris ne lâche rien. Portés par un Vasili Molotkov insatiable, les visiteurs recollent immédiatement dans le tie break. À 8-9, le doute s'installe. Le match peut basculer d'un côté comme de l'autre. Les échanges s'allongent, les corps se tendent, les regards aussi. Chaque point devient une bataille. À 13-12, tout Lawson-Body se lève, souffle coupé, mains sur la tête, gorge serrée. Puis la délivrance. Une attaque de Kevin Kobrine- 16 points- tranche le suspense d'un coup de poignet. Poitiers s'impose 15-13, au bout du bout, et valide sa qualification pour la finale. La deuxième en deux ans. Dans le sillage de cette victoire, les émotions explosent. Dan Lewis exulte, les plus jeunes laissent éclater leur joie à leur façon. Franco Massimino, lui, ne peut contenir ses larmes. Désormais, tous les regards se tournent vers la finale, la huitième de l'histoire du club. Et l'adversaire qui se profile n'est pas un cadeau. Deux confrontations, deux défaites face au géant du volley tricolore : le Montpellier HSC VB, vainqueur autoritaire de Sète dans l'autre demie. Match aller samedi 2 mai à Poitiers, retour le 8 mai en terres héraultaises, et un éventuel match d'appui deux jours plus tard, toujours dans le Sud. L'exploit est à portée.
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