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Urgence
L'édito de la semaine est signé Arnault Varanne, rédacteur en chef du 7.
« Vous savez comment on appelle quelqu’un qui ne mange pas de viande ? Un pauvre. » Fabienne rit jaune. Ni retraitée ni salariée, la Poitevine fréquente le restaurant d’insertion de L’Eveil, aux Couronneries, depuis des années. Avec sa fermeture possible, elle anticipe des jours sombres. « Surtout que je vais aussi à l’épicerie pour me nourrir le reste de la semaine. Avant, avec L’Eveil, il y avait des soirées dansantes, des randonnées, des voyages… Cette association, c’est une partie de ma vie, ce sont des sourires, du lien social que je vais perdre. » Les salariés de la structure ont disséminé ici et là des pancartes aux messages choc : « Nos emplois - Leurs droits - Notre avenir », « Vous voyez une dépense, nous voyons des vies », « Les plus pauvres ne doivent pas être les premières victimes des économies », « On ne ferme pas une association, on ferme des espoirs »…
Encadrante des salariés en insertion, Mélissa a « toujours connu L’Eveil que fréquentaient [ses] parents ». « Que ça se termine comme ça fait mal au cœur. C’est une partie du quartier qu’on efface avec la fermeture de l’association après quarante-deux ans. Ça m’énerve aussi, où vont aller manger tous ceux qui viennent ici et dont c’est souvent le seul repas de la journée ? » La semaine dernière, le resto associatif a servi entre 60 et 85 couverts le midi. Mais L’Eveil traîne comme un boulet le déficit de 130 000€ contracté sur l’exercice 2025. « Si vous connaissez un millionnaire qui veut bien nous aider, nous sommes preneurs. On a le droit de rêver, hein », soupire Roselyne Lochon. La présidente de L’Eveil s’inquiète pour les 35 salariés en insertion dans les quatre activités (restaurant, maraîchage, épicerie sociale, espace de vie sociale), mais aussi pour les « 360 familles qui n’ont rien » et achètent à petit prix à l’épicerie sociale. Consciente de la situation de dénuement dans laquelle pourraient se retrouver… 1 200 personnes, la Mairie a promis qu’il n’y aurait pas de rupture d’accompagnement. « On a engagé un travail avec les différents acteurs de l’aide alimentaire pour trouver des solutions », assure le maire, Anthony Brottier.
« L’insertion est malmenée, malgré les prises de position de nos têtes de réseau », reconnaît Céline Guimier, directrice de Pourquoi pas La Ruche. Comme L’Eveil, « PPLR » compte un resto d’insertion qui sert entre 70 et 80 couverts par jour, aux Trois-Cités, ainsi qu’un espace de vie sociale. Et comme L’Eveil, la structure remet le pied à l’étrier à des salariés (29) en insertion, répartis entre le restaurant, la blanchisserie, l’atelier couture et la boutique de seconde main de Beaulieu.
« On nous demande de plus en plus d’autonomie financière, ce qui est le but de l’insertion par l’activité économique, relève-t-elle. Sauf que nos ressources propres ne doivent pas excéder 30% de notre chiffre d’affaires. Au-delà, on devient une entreprise d’insertion, mais il ne faut pas oublier que nous sommes la première marche du retour à l’emploi. On ne peut pas exiger d’eux la même productivité. Aujourd’hui, clairement, on se sent en danger. Il faut qu’on nous laisse les moyens de faire notre travail. » En dépit de ce contexte lourd, cet emblème des Trois-Cités a choisi de montrer samedi une large palette de ses activités, entre initiation à la couture, atelier de sophrologie, concert d’une chorale, diffusion d’un documentaire, repas anniversaire… « Plutôt que d’être dans un discours alarmiste, on a envie que les gens nous soutiennent sur nos projets, comme la rénovation du restaurant », conclut Céline Guimier.
(*) Les repreneurs avaient jusqu’au lundi 2 novembre pour se manifester. Une audience au tribunal de commerce est prévue le 16 novembre.
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