Aujourd'hui
Urgence
L'édito de la semaine est signé Arnault Varanne, rédacteur en chef du 7.
Le courrier manuscrit date du 7 juillet 2026, en provenance de Paris. Son autrice y écrit ceci : « J’ai lu votre livre avec la plus vive émotion. Cette violence postapocalyptique, vécue à hauteur d’enfant, m’a bouleversée. Bravo ! » La phrase, signée Amélie Nothomb, figure en couverture du roman De la mère à l’océan. Et l’auteur ne masque pas sa fierté d’être recommandé par la romancière belge, figure de proue de la littérature francophone depuis trois décennies. « Je lui ai écrit spontanément, détaille Wilfried Derézinski, parce que je la trouve assez sympathique. Avoir un retour de sa part donne confiance en tant qu’auteur. »
Psychologue pour enfants et ados dans un Sessad (Service d’éducation spéciale et de soins à domicile), le Poitevin a 40 ans et une passion récente mais dévorante pour l’écriture. Trois ans et déjà autant de romans à son actif : Echos de l’extinction, Le Monde après toi et donc De la mère à l’océan. Son quatrième livre, sur fond de Seconde Guerre mondiale, est en préparation et le cinquième pointe déjà le bout de son nez. Des récits garantis sans intelligence artificielle, promis ! « Ecrire avec l’IA, c’est se mentir à soi-même, mentir aux lecteurs, standardiser l’écriture », assure le Rochelais de naissance. Il s’y refuse, puisant son inspiration autant dans les « chefs-d’œuvre » de Cormac McCarthy (La Route) que dans la litanie de l’actualité la plus sombre.
« On est dans une société qui va mal, où les normes s’effondrent. Les politiques étant très violents entre eux constituent le terreau de cette violence. Cela a des effets sur les soubassements sociétaux. Sans faire de parallèles excessifs avec mes livres… » De fait, l’univers de Wilfried Derézinski peut paraître chaotique au premier abord. Le fils de professeure des écoles et de commercial dans l’automobile défend « une certaine idée de la transmission » avec « une fille qui ramène sa mère à une certaine humanité ». De La Rochelle à Poitiers, d’une première année en DUT tech de co à son métier de psychologue, en passant par la fac de philosophie, celui qui se présente comme existentialiste camusien apprécie son chemin de vie. Il sent son écriture évoluer, « de la description des émotions à celles des gestes et des aspects sensoriels ».
Avec du recul, le quadra apprécie l’espace de liberté que lui offre l’écriture. Tout comme il savoure ses petites victoires professionnelles. Des « gamins qui vont mieux », de simples « retours positifs de partenaires », et puis aussi « la pluridisciplinarité » avec ses collègues. « Je trouve du sens à ce que je fais parce que les approches croisées permettent de dénouer des situations, de trouver des solutions », avance encore le psychologue. De là à dire que l’inclusion à tout prix en milieu scolaire recueille ses suffrages, il y a un pas. « Au moment où cela devient maltraitant, ce n’est plus de l’inclusion… »
Et dans dix ans ? Alors qu’il imagine dans ses romans la vie après 2050, Wilfried Derézinski ne se projette pas aussi loin. Il est plutôt du genre à vivre au jour le jour. Autre paradoxe assumé : son rapport à la noirceur (on y revient). « J’ai beau écrire des bouquins très violents, je suis très affecté par ce qui se passe en Ukraine ou à Gaza. Ça me terrifie parce que l’homme n’apprend rien de l’Histoire. Et je pense même que plus la technologie augmente, plus il commet des crimes encore pires. » L’auteur va plus loin et considère qu’« on sait si l’on est humain à notre capacité à faire les bons choix en situation extrême, contre la majorité ».
Ainsi pense Wilfried Derézinski, « assez sensible à la souffrance » et, en même temps, « pas très confiant en lui ». La lettre d’Amélie Nothomb est donc tombée à pic pour lui redonner du souffle. Comme l’autrice de Stupeur et tremblements, il nourrit un complexe avec son écriture manuscrite. Mais comme l’autrice d’Hygiène de l’assassin, il place les relations humaines au-dessus de tout. « Sensible à la condition des autres », il fait, à son échelle, tout son possible pour « l’accueillir » à défaut de l’améliorer. Le psy et l’écrivain cheminent ensemble. Et ce n’est pas près de s’arrêter.
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