Qui sont les street medics ?

Ils sont au plus près des manifestants le samedi, prêts à prodiguer les premiers soins, à prévenir les mouvements de foule ou simplement à rassurer les plus inquiets. Les street medics sont des militants qui interviennent comme secouristes dans un contexte de lutte politique.

Pierre Bujeau

Le7.info

Doigt sectionné, brûlure cutanée, gêne respiratoire… Les risques encourus par les manifestants sont bien réels. Face à ces dangers, des hommes et des femmes revêtent une blouse blanche, parfois accompagnée d’un casque marqué d’une croix rouge ou bleue. Ce sont les street medics, aussi appelés soigneurs de rue. Tous partagent l’envie d’aider les autres, mais leurs formations et leurs compétences sont bien différentes.

A 21 ans, Antoine(*), étudiant en médecine, a suivi une formation de « street medic » proposée par l’organisation Extinction Rebellion. Celle-ci aborde les blessures les plus fréquentes en manifestation, en complément de ses connaissances dans le domaine de la santé. A 26 ans, Loïc est titulaire du brevet national de premiers secours en équipe de niveau 2 (PSE2) et travaille dans l’industrie aéronautique. Ahmed, 25 ans et barman, possède quant à lui le PSC1. D’autres n’ont pas nécessairement de formation spécifique, mais apportent de l’eau, de la nourriture ou du matériel de première nécessité.

« Lors de la manif du samedi 24 octobre, j’ai vu un autre medic avec écrit dessus « street medics novices », raconte Loïc. Il avait quelques mouchoirs, de l’eau et des barres chocolatées. » Les plus aguerris disposent, eux, de compresses de gaze, de pansements gras pour les brûlures ou encore de sérum physiologique. Ces consommables sont à leur charge, pour un coût moyen d’environ 40€ par rassemblement.

« Au fil des manifestations, on apprend à se connaître. On sait quel medic est le plus compétent dans tel ou tel domaine, explique Antoine. Même ceux qui n’ont pas de savoir-faire particulier peuvent s’occuper de la bobologie et aider à désengorger les street medics les plus compétents. »

Rôle essentiel

S’ils ne sont reconnus par aucun organisme étatique, les bénévoles jouent tout de même un rôle essentiel. Après le rassemblement du 24 octobre, à Poitiers, plusieurs médias se sont fait l’écho de la blessure à l’œil gauche d’un manifestant de 19 ans, présenté comme un élément pacifiste du cortège. Dans ce type de situation, les street medics peuvent être parmi les premiers à intervenir. « La première chose que l’on dit à ceux qui nous rejoignent, c’est de ne pas s’improviser urgentiste. Bien souvent, on met simplement la personne en sécurité, loin des zones de turbulences, sans prodiguer de soins », explique Ahmed. Dans le cas présent, le jeune manifestant blessé a été pris en charge par plusieurs soignants et conduit au Tap-Castille, dans l’attente de l’arrivée des ambulanciers.

Gestion des émotions

Grenades assourdissantes ou de désencerclement, gaz lacrymogènes… Les manifestants peuvent être souvent soumis à rude épreuve, d’autant que, pour certains, il s’agit de leur première mobilisation. « Il y a tout un travail autour de la gestion de la panique », indique Ahmed. Parmi les premières consignes qui leur sont données : celle de ne pas courir afin d’éviter de provoquer un mouvement de foule. Ils sont également invités à rester en binôme et à garder le contact avec leur partenaire, notamment en lui tenant la main, pour ne pas le perdre de vue si la situation dégénère.

(*) Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interrogées.

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