Anne Szymczak : « Une hausse assez forte des cours à la carte »

Budget 2027, intelligence artificielle, profil des apprenants… La directrice générale du Cned, Anne Szymczak, se livre sur les sujets qui font l’actualité au Cned, dont elle est à la tête depuis mars 2025.

Arnault Varanne

Le7.info

Quels sont les derniers chiffres de « fréquentation du Cned » ?
« Sur l’année 2025, le Cned a délivré 150 000 formations, 105 000 pour des scolaires et 45 000 à des adultes et étudiants. L’international représente environ 19 000 formations, dont 17 000 en direction d’élèves. Nous constatons une hausse assez forte des cours à la carte. Au global, le public scolaire a progressé de presque 7% entre 2024 et 2025. Le Cned fait bénéficier tous les territoires d’une carte scolaire étendue, qu’il s’agisse d’enseignements de spécialité, de langues vivantes… »

Le profil des apprenants a-t-il évolué ?
« Il y a d’abord un enjeu de disponibilité de l’offre scolaire dans le secondaire avec des classes complètes et des cours à la carte. Il y a sans doute aussi un impact de la situation de fragilité mentale d’une partie du public scolaire, un taux d’élèves plus important en situation de handicap relevant de l’école inclusive. On note aussi une hausse du nombre d’élèves en phobie scolaire. De manière plus positive, il faut souligner la capacité du Cned à proposer une offre plus agile, adaptée à des élèves ayant besoin d’un aménagement de leur emploi du temps pour des raisons diverses. Le Cned est à disposition des académies pour que l’ensemble des réponses puissent être apportées. »

Le Cned avait expérimenté un dispositif de remplacement des professeurs absents dans le second degré. A-t-il été généralisé ?
« L’expérimentation a duré deux ans et a montré que la meilleure solution était sans doute hybride, s’appuyant sur le Cned pour mettre à disposition des contenus à une classe qui n’a pas choisi d’être en enseignement à distance et n’a pas de professeur. L’établissement met de son côté des moyens humains pour accompagner la classe et travailler d’autres compétences psychosociales, l’engagement, l’autonomie, l’entraide, mais également administrer et corriger les devoirs. Il n’y a pas de modèle national centralisé sur ces remplacements de longue durée. On répond au cas par cas. »

Quel est l’impact de l’IA en interne et dans la relation aux apprenants ?
« Notre premier enjeu est de déployer des outils d’intelligence artificielle souverains. Nous avons des usages très spécifiques pour certains métiers. Notre laboratoire d’innovation fait de la R&D pour expérimenter l’usage de l’IA dans la production de contenus, notamment les langues vivantes au collège. Nous utilisons aussi des IA spécifiques pour améliorer nos processus de production audiovisuelle, notre dispositif d’engagement et de motivation des élèves… »

Comment s’assurer, justement, que les élèves continuent à faire leurs devoirs sans les sous-traiter à l’IA ?
« Il y a une réflexion de fond sur ce qu’est un parcours d’apprentissage à l’heure de l’IA. Evidemment, il y a toujours eu de la triche dans le système scolaire. Nous menons donc des campagnes de sensibilisation et de responsabilisation. La dernière avait pour titre « Ton avenir vaut mieux qu’un copier-coller ». Au-delà, nous avons expérimenté à petite échelle des évaluations aléatoires de contrôle qui sont déployées chez 90% des élèves de terminale cette année. Ils peuvent être « convoqués » pour refaire un devoir sous contrôle visuel avec une caméra. Le constat, c’est que les épreuves aléatoires engendrent des notes plus basses de 1,8 point. En 2027, nous allons mettre en place un troisième dispositif baptisé Compilatio. Quand un élève déposera son devoir en ligne, il se peut qu’il soit scanné et analysé par le logiciel. L’élève recevra alors un message le mettant en garde si Compilatio estime que son devoir est en partie plagié ou élaboré avec l’IA. Il aura ensuite la possibilité de maintenir son choix ou de redéposer une copie. »

Que prévoit le projet de loi de finances 2027 pour le Cned ?
« Le budget du Cned est d’environ 92M€, à plus de 72% de ressources propres. La subvention pour charge de service public diminue de plus en plus. Et dans le cadre du PLF 2027, elle subit une réduction de 18% à ce stade en s’établissant à 22,5M€. Cela va nous obliger à ponctionner la trésorerie. »

Le chiffre : 450
Comme le nombre d’agents du Cned sur la Technopole du Futuroscope. L’établissement compte au total 1 000 agents, 2 000 experts pédagogiques, 1 100 enseignants et plus de 700 auteurs.

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