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L'édito de la semaine est signé Arnault Varanne, rédacteur en chef du 7.
Une fois n’est pas coutume. Jean-Pierre Faure a prononcé quelques mots à l’occasion de l’hommage rendu aux défunts ayant fait don de leur corps à la science, et donc à l’université de Poitiers. Si le professeur est plus qu’à l’aise à l’oral, ce n’est pas chose aisée de s’adresser aux proches des défunts. « Sachez que cet engagement n’est jamais oublié. Il est le fruit d’une conviction intime, celle d’être utile à la communauté humaine jusqu’au dernier souffle », explique le professeur d’anatomie au CHU de Poitiers. Chaque année, une soixantaine de corps sont remis à l’université, et non au centre hospitalier universitaire.
Grâce à ce don précieux, les étudiants peuvent apprendre à soigner, à comprendre le corps humain. « Dans les manuels, on voit que les veines sont bleues, les artères sont rouges et les tendons sont verts. » Eh bien ça, c’est dans la théorie. Dans la pratique, la réalité est tout autre. « C’est important de se rendre compte. Il n’y a pas meilleure simulation qu’un corps, un vrai. » De plus, les manuels présentent une vision de la réalité « à plat ». Bien souvent, les étudiants n’appréhendent pas les notions de profondeur d’une cage thoracique. Cette expérience du réel, avant même la dissection, permet de comprendre le fonctionnement de l’anatomie générale. Chaque étudiant en médecine peut avoir à se présenter devant un corps inerte.
« C’est aussi la vocation de notre université à Poitiers. Nous faisons beaucoup de formations, lorsque d’autres font de la recherche, par exemple. Et ce, même avec des infirmières de bloc opératoire », précise le Pr Faure. D’ailleurs, une nouvelle école de formation d’infirmier de bloc opératoire diplômé d’Etat verra le jour au CHU de Poitiers. « Un chirurgien, comme une infirmière, communique différemment dans l’urgence et dans un bloc opératoire. On va venir travailler la coopération, la communication dans des conditions qui se rapprochent le plus du réel. »
La conservation des corps et leur déplacement sont régis par une législation très spécifique. Une contrainte dont on pourrait bien se passer avec des corps entièrement conçus synthétiquement, avec du silicone par exemple. « Mais on ne fait rien de mieux qu’un corps humain », tranche le professeur. Alors, en attendant des progrès dans ce secteur, le don de corps humain reste encore et toujours le meilleur terrain d’entraînement. « Actuellement, soixante corps sont reçus à l’université de Poitiers, qui dispose de vingt-huit places. » Pauline Bétoulle-Masset, thanatopractrice, s’explique : « Il y a un turn-over très important. Par exemple, sur une formation de chirurgie thoracique, on a besoin de beaucoup de corps. » Des problèmes de places peuvent survenir lors des périodes où les décès sont plus nombreux, notamment pendant les épisodes de canicule, alors que les étudiants sont en vacances. L’université a pu refuser des corps dernièrement.
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