Le sort des pigeons en question

La Ville de Poitiers continue d’utiliser des méthodes létales contre les pigeons. L’association Projet Animaux Zoopolis (Paz) a mis la municipalité en demeure et réclame l’abandon des captures suivies d’un gazage au CO2, au profit de « solutions éthiques et durables ».

Matthis Ferrant

Le7.info

« Tuer et faire souffrir des animaux juste parce qu’ils nous dérangent, ce n’est plus acceptable. » C’est au nom de ce principe que Projet Animaux Zoopolis (Paz) s’oppose aux méthodes létales utilisées par certaines municipalités pour réguler les populations de pigeons. Après avoir étudié les pratiques de 250 grandes villes françaises, l’association a révélé qu’un tiers d’entre elles avaient eu recours à des « méthodes cruelles ». Poitiers en fait partie. Depuis 2023, Paz dénonce le gazage des pigeons au CO2 dans la préfecture de la Vienne. « Les pigeons sont piégés dans des cages, puis transportés chez le prestataire avant d’être enfermés dans un caisson hermétique où est injecté le CO2 », détaille Amandine Sanvisens, cofondatrice de l’association. Elle déplore une mort par asphyxie particulièrement atroce : « On peut comparer cela à une noyade. »

Un conflit toujours ouvert

En 2023, l’association a saisi le tribunal administratif pour obtenir des documents sur les campagnes de capture et de mise à mort. La Ville avait alors reconnu avoir gazé 400 pigeons, après deux ans de moratoire. Suspendues en 2024, les opérations ont repris fin 2025, sous l’ancienne municipalité.

Sans réponse à ses nouvelles demandes, Paz a saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada). Dans un courrier du 14 septembre 2026, la nouvelle équipe municipale, arrivée en mars 2026, confirme la capture de 356 pigeons entre novembre 2025 et mars 2026. Cinq cages ont été installées, notamment autour des églises Saint-Jean-de-Montierneuf, Sainte-Radegonde et Saint-Hilaire, au musée Rupert-de-Chièvres et à la Caserne.

La Ville justifie ces opérations par les dégradations causées aux bâtiments, tout en affirmant privilégier « l’installation de dispositifs d’éloignement des pigeons (filets, éco-pics...) » afin d’« éviter au maximum les opérations de capture ».

Estimant que la municipalité ne s’engage pas clairement à y mettre fin, l’association de protection animale a décidé de la mettre en demeure, le 1er octobre dernier, en invoquant le droit européen. « Ces campagnes sont illégales. » Plusieurs villes, comme La Rochelle, Toulouse, Roubaix et Les Sables-d’Olonne, ont déjà renoncé aux méthodes létales.

Les alternatives suggérées

Paz défend deux solutions alternatives. La première consiste à installer des pigeonniers contraceptifs, où les oiseaux peuvent nicher. Les œufs sont ensuite secoués par un prestataire pour empêcher le développement des embryons. La seconde repose sur la distribution de maïs contraceptif dans des zones définies. « Il ne s’agit pas d’en mettre partout, mais de cibler les endroits où les pigeons peuvent être amenés à déranger », explique l’association.

Ces dispositifs nécessitent un suivi régulier et produisent des effets à long terme. Leur investissement initial peut être amorti au fil des années. Pour Paz, la condition animale doit aussi être une priorité budgétaire : « Nous estimons qu’il est normal d’avoir un budget pour la condition animale. C’est un sujet sérieux. »

À lire aussi ...