La genèse d’un parc à nul autre pareil

Le 7 consacre cette saison une série aux 40 ans du Futuroscope. Après les festivités de l’anniversaire, la rédaction se plonge dans les archives d’une intuition devenue réalité avec Philippe Mouroux, ancien directeur de cabinet de René Monory au Conseil général de la Vienne.

Arnault Varanne

Le7.info

La gauche au pouvoir

En 1981, après trois ans passés au ministère de l’Economie, René Monory se retrouve sans mandat national. François Mitterrand a investi l’Elysée et le « Shérif » s’imagine placer la Vienne sur la carte de France, en créant « quelque chose sur un thème qui va bouleverser le monde : les nouvelles technologies ». Aux côtés du patron du Département, Philippe Mouroux se souvient de ces premiers instants où l’intuition de son boss est née, directement inspirée par Thierry Breton. « Il y a un troisième homme dont il ne faut pas négliger le rôle, ajoute-t-il. Albert Ducrocq, à l’époque journaliste scientifique sur Europe 1, a contribué aux premières réflexions. Mais on ne parlait pas de Futuroscope, plutôt d’un lieu de préfiguration de ce que pourrait être le monde de demain. »

De la Californie à la Floride

Au fil des mois et des rencontres, l’Observatoire du Futur prend corps… sans soulever un enthousiasme démesuré au Conseil général. Le projet initial ne prévoit la construction que « d’un ou deux bâtiments sur une zone de cinq hectares ». Avec déjà, toutefois, l’idée du triptyque actuel, autour du loisir, de la formation-recherche et de l’entreprise. « C’était le démarrage de la Silicon Valley et René Monory m’avait demandé d’y organiser un voyage avec quelques élus, se souvient Philippe Mouroux. J’ai appelé Albert Ducrocq qui m’a dit ceci : « Là-bas, il n’y a que des hangars et des gens en devenir ! » Il m’a plutôt conseillé de nous rendre à Epcot, où Disney avait bâti son nouveau parc. » En avril 1984, le déclic est immédiat. Et l’idée de créer un parc thématisé sur les rails. L’expo universelle de Tsukuba (Japon) consacre un peu plus l’image comme emblème de ce nouvel écrin ludo-pédagogique. « C’était le début de l’Imax. La Villette possédait déjà sa Géode, avec un écran dédié à la technologie. »

Une architecture marquée

Qu’à cela ne tienne, Monory l’ambitieux décide que « le plus grand écran Imax d’Europe (600m2) verrait le jour ici ». Fort de ces quelques certitudes, le futur ministre de l’Education nationale passe de la théorie à la pratique, avec l’avènement d’un premier pavillon emblématique, puis du Kinémax. A ses côtés, Denis Laming, un jeune architecte repéré lors d’un appel à projets à Loudun. Le maître d’œuvre consacrera une bonne partie de sa carrière au Futuroscope, avec des partis pris détonants et révolutionnaires au début des années 80.

Plus qu’un nom, un emblème

Tiens, au fait, qui a « accouché » du nom Futuroscope ? Peu de gens le savent, mais c’est le journaliste Albert Ducrocq qui l’a suggéré à René Monory et son premier cercle de fidèles, à la fin de l’année 83. Mouroux était autour de la table. « J’avoue que j’étais un peu réservé au départ, notamment à cause de la proximité avec le mot horoscope. Et puis finalement, le terme Futuroscope s’est imposé, avec le succès qu’on sait aujourd’hui. » Précisons que le nom complet du parc est aujourd’hui Futuroscope XPeriences. « Quand je passe ici, je mesure le chemin parcouru parce qu’on est quand même parti d’une utopie au départ. Au départ, on a juste racheté quelques hectares qui devaient servir à la zone artisanale de Jaunay-Clan. On voit ce que c’est devenu, cela fait plaisir. »

En coulisses – Quelle étude de marché ?

Au Conseil général, la tiédeur avec laquelle le Futuroscope a été accueilli a poussé les élus de l’opposition de gauche à demander une étude de marché sur le projet. « Monory n’en voulait pas, mais l’a tout de même commandée, rappelle Philippe Mouroux. Je me souviens que la personne chargée du rapport nous avait appelés pour nous demander quel chiffre elle devait indiquer en face de la case fréquentation. Il n’y avait aucun équivalent, pas de point de comparaison ! »

Les grandes dates du parc

1981 : Ministre de l’Economie sous Giscard, René Monory quitte son poste après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République.
24 octobre 1983 : Naissance officielle de l’Observatoire du Futur, entérinée au Conseil général.
11 décembre 1984 : Pose de la première pierre du Futuroscope, en présence de nombreux officiels et journalistes.
4 février 1985 : Le Département décide la création d’un espace plus vaste, le « Parc du futur », avec plusieurs pavillons thématiques (cinéma, santé, agriculture, temps, communication).
Novembre 1985 : Le chantier du Kinémax est lancé. Le plus grand écran d’Europe s’apprête à voir le jour.
31 mai 1987 : Ouverture officielle du parc de loisirs.

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