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L'édito de la semaine est signé Arnault Varanne, rédacteur en chef du 7.
Du pain, des viennoiseries et toujours plus d’acteurs. A Chasseneuil-du-Poitou, les boulangeries fleurissent. Au rond-point des Portes du Futur, Feuillette rejoindra bientôt trois autres enseignes. Implanté à Poitiers-Nord depuis 2015 et à Poitiers-Sud depuis 2025, le groupe familial originaire du Centre-Val de Loire ouvrira un établissement de 600m², avec une soixantaine de salariés. « Le potentiel est énorme dans ce secteur, on ne pouvait se priver d’une telle opportunité », justifie Julien Antoncic, à la tête de Feuillette Poitiers. La Technopole rassemble plus de 10 000 emplois et les habitudes de déjeuner évoluent, favorisant la fréquentation des boulangeries : elles sont dix dans un rayon de quelques kilomètres. « Avant le Covid, certains salariés déjeunaient systématiquement au restaurant. Depuis, ils y vont beaucoup moins souvent et viennent davantage chez nous. Le snacking représente une grosse part de notre chiffre d’affaires », observe Jean-Louis Lepeltier, maître artisan boulanger à Dorée Mie, à Jaunay-Marigny.
Située sur le même rond-point que le futur Feuillette, La Forestine craint un nouvel effet sur son activité. En 2018, l’ouverture d’Ange avait déjà entraîné une baisse de son chiffre d’affaires pendant six mois. « Ça va forcément nous impacter les premiers mois », redoute son gérant, Sébastien Forestier. La Fédération des artisans boulangers de la Vienne alerte sur les pertes potentielles : « Les premiers mois vont être durs. Perdre dix clients à 7€ de panier moyen, ça fait 420€ par semaine, près de 2 000€ au mois », illustrent les coprésidents, Michaël Babin et Julien Brin. Dans le centre-ville de Chasseneuil, Sylvain Carle tient Lacasine depuis dix ans. Il voit lui aussi d’un mauvais œil l’arrivée de Feuillette. « C’est l’enseigne de trop », déplore-t-il. Pour les représentants de la Fédération, les chaînes « ne créent pas de marché, elles réduisent juste les parts du gâteau ».
Chez Feuillette, on défend une autre vision. « Il y a de la place pour tout le monde », estime Julien Antoncic. L’enseigne mise sur une offre diversifiée et haut de gamme, avec un salon de thé et un espace de restauration. « La boulangerie ne représente que 15% de notre chiffre d’affaires. Nous n’avons pas la volonté d’être en opposition avec les petits artisans », assure-t-il.
Face aux franchises et à leurs larges amplitudes horaires, les petits artisans peinent à suivre. A Lacasine, le passage d’Ange à une ouverture sept jours sur sept, dimanche compris, il y a un mois et demi, a changé la donne. « Le dimanche, c’était notre plus gros chiffre car on était les seuls ouverts », regrette Sylvain. A la fin de l’année, il devra se séparer de son dernier apprenti.
Dans la Vienne, un arrêté préfectoral impose aux boulangeries et aux commerces vendant du pain de fermer au moins un jour par semaine. La Fédération des artisans boulangers a engagé en 2024 une procédure contre Feuillette, aboutissant à une amende. Le 21 octobre 2025, le tribunal administratif de Poitiers a confirmé cette obligation. « On arrive à maintenir l’arrêté pour le moment, mais le problème est de le faire appliquer », expliquent les représentants de la profession. Depuis un mois et demi, Ange ouvre elle aussi sept jours sur sept à Chasseneuil. « Ils ne jouent pas avec les mêmes règles », déplorent Michaël Babin et Julien Brin.
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