Artisanat : et maintenant ?

Fermeture administrative brutale, réouverture différenciée, l’artisanat subit de plein fouet la crise mais fourbit déjà ses armes pour mieux affronter l’avenir.

Claire Brugier

Le7.info

« J’aimerais vous dire que l’ar- tisanat va bien. Malheureusement... » Malheureusement la première entreprise de France a « pris un coup de massue », exprime d’une façon imagée et explicite la présidente de la Chambre de métiers et de l’artisanat de la Vienne. « Tous les secteurs ont été plus ou moins touchés. » Parmi les moins, « l’alimentaire, qui a eu la possibilité d’ouvrir. Les bouchers, par exemple, ont connu une croissance exceptionnelle. Les gens se sont rapprochés des commerces de proximité, constate avec satisfaction Karine Desroses. Pour les boulangeries, le bilan est plus mitigé, il dépend de leur localisation. Dans le milieu rural, elles ont joué leur rôle. Dans les plus grandes villes ou sur certains axes routiers où le gros du chiffre d’affaires vient du snacking, la situation est plus compliquée. » Idem dans le bâtiment. Le secteur a pu rouvrir avant le déconfinement général mais les réticences des clients ont ralenti la reprise.

Néanmoins, elle est en cours, malgré une année peu amène marquée par le mouvement des Gilets jaunes, les grèves contre la réforme des retraites, la crise sanitaire... « Certains ne vont pas s’en remettre mais, dans l’ensemble, nous allons nous relever ! assure Karine Desroses. Le moral commence à remonter. » La Chambre de métiers et de l’artisanat a même enregistré « avec étonnement », pendant le confinement, de nouvelles sociétés. « Nos craintes se portent plus sur septembre-octobre car, pour l’instant, nous sommes sous perfusion, avec la suspension des emprunts, le report des charges, etc. » Autant dire que « le plan spécial indépendants » en préparation derrière les murs du ministère de l’Economie est attendu avec fébrilité. « Nous sommes quand même la première entreprise de France ! »

Objectif Web

Indéniablement, l’enjeu est de taille, dès maintenant pour « faire revenir nos salariés », à la rentrée « pour reprendre des apprentis », plus globalement pour l’avenir car « ce sont nos futurs repreneurs ». Or, dans la Vienne comme dans le reste de la Nouvelle-Aquitaine, 25% des artisans partiront en retraite au cours des dix prochaines années. « A la Chambre de métiers de la Vienne, nous commençons à parler transmission à nos artisans dès 55 ans. Néanmoins, il se peut que la crise ait créé une certaine frilosité à reprendre une entreprise... »
Seul l’avenir le dira, tout comme il confirmera ou non le virage numérique du secteur. Amorcé de force pendant le confinement, il constitue une possible clef d’avenir face à des géants du commerce en ligne. « Pendant cette période, les artisans ont été contraints de travailler sur le Web. Ils ont créé un site Internet, un compte Facebook, ont suivi des webinaires... Il n’y a jamais eu autant de formations via les réseaux sociaux, rappelle Karine Desroses. Le ministère voudrait qu’au moins une entreprise artisanale sur deux soit sur une plateforme. Nous en sommes encore loin. »

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Crédit photo : CMA de la Vienne

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