Téléconsultation, un outil à encadrer

Si la téléconsultation n’est plus aussi prisée qu’au plus fort de la crise sanitaire, elle s’est fait une place chez les praticiens libéraux. Reste à définir les règles strictes de ses usages.

Romain Mudrak

Le7.info

Le nombre de téléconsultations a explosé pendant les confinements. Imaginez qu’entre mars et novembre 2020, la Caisse primaire d’assurance maladie en a recensé plus de 75 000 dans la Vienne, contre 200 l’année précédente (lire Le 7 n°508). Aujourd’hui, le soufflé est retombé. Le nombre d’actes effectués chaque mois à distance s’est stabilisé en 2021 autour de 2 500. Certes cela ne représente que 2% de l’activité des généralistes, mais c’est toujours plus qu’avant la crise. Et près de sept médecins libéraux sur dix ont réalisé au moins une téléconsultation l’année dernière.

Le médecin traitant de Dominique, qui la connaît bien, lui a proposé récemment de la voir par écran interposé : « C’était pour commenter les résultats d’une IRM qu’elle m’avait prescrite, indique la quadragénaire. J’étais tout à fait d’accord, d’autant que je l’avais vue quelques semaines plus tôt. » Dans cet exemple, inutile de se déplacer ! Autrement dit, c’est un gain de temps et de carburant pour tout le monde. C’est le cas typique où la téléconsultation a tout son intérêt. Reste désormais à définir les contours de son recours. « Le Covid a développé les usages avant la réflexion, note le Dr Philippe Bouchand, représentant de l’URPS-Médecins libéraux dans la Vienne. C’est bien mais il faut maintenant des règles et des codes d’usage : pour quels actes et dans quelles conditions ? 
Les mains du médecin sont souvent indispensables pour établir un diagnostic. » Promoteur de l’e-santé, le généraliste participe lui-même à plusieurs groupes de travail nationaux sur le sujet, qui devra forcément passer par le législateur.

Télémédecine 
entre soignants

La téléconsultation pourrait-elle résoudre la question des déserts médicaux ? Evidemment tout le monde y pense. Le problème, c’est que les zones rurales sont aussi celles où la couverture en haut débit est la moins bonne. « La connexion et le matériel sont des prérequis techniques qui provoquent une autre forme d’inégalité d’accès aux soins », 
reprend le Dr Bouchand. En revanche, lui insiste sur l’opportunité d’intégrer la télémédecine dans les relations quotidiennes entre praticiens. En commençant par la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) « Pictave Santé » qu’il pilote sur le bassin de Grand Poitiers. L’idée ? Coordonner les interventions complémentaires de différents soignants libéraux au bénéfice des patients. « Il s’agit de développer un protocole collaboratif interprofessionnel pour améliorer la filière de soins. Dans ce contexte, utiliser des moyens techniques entre nous fait partie des priorités pour se transmettre de l’imagerie, des résultats d’examens et des commentaires. » 
Les membres de cette CPTS envisagent de créer une plateforme sécurisée pour communiquer plus facilement. A moins que la nouvelle version du Dossier médical partagé (DMP), rebaptisé « Mon espace santé »,
 qui se déploie actuellement ne finisse par convaincre les praticiens.

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