Aux limites 
du télétravail

Imposé en temps de crise, le télétravail est revenu aujourd’hui à un statut d’option. La 
« révolution » annoncée n’a pas vraiment eu lieu mais la période a révélé les atouts et inconvénients du système.

Claire Brugier

Le7.info

Doit-on parler de « révolution du télétravail » ? Dans une enquête menée en décembre 2021 auprès d’employeurs de Nouvelle-Aquitaine, la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Dreets) conserve prudemment les guillemets, tout en convenant qu’il y a bien un avant et un après-Covid, chiffres à l’appui. En mars 2020, en Nouvelle-Aquitaine, 4% des salariés télétravaillaient de manière régulière contre 27% en janvier 2021. Au-delà des chiffres, d’autres indices témoignent d’une plus large prise en compte du télétravail. Il revient plus fréquemment dans les descriptifs d’offres d’emploi, se glisse désormais jusque dans des annonces immobilières mettant en avant des espaces dédiés… De là à parler de révolution. « Les entreprises ont conscience que c’est un vecteur favorable pour capter des candidats. Il est de plus en plus prégnant dans les offres, notamment pour des postes de cadre, mais dans des secteurs comme le transport, la restauration, l’aide aux personnes ou la santé, le télétravail est limité, voire quasi-impossible. Il faut donc relativiser le nombre », nuance Célia Rodrigues- Minau, la directrice territoriale de Pôle Emploi Vienne et Deux-Sèvres.

Dans plus de la moitié des établissements, le télétravail fait l’objet de simples accords individuels, 8% privilégient une charte et 20% un accord collectif. Dans la Vienne, la Dreets a enregistré 
16 accords en 2021, 22 en 2022, en grande majorité dans des entreprises de 50 salariés et plus.

Comment télétravailler

Le télétravail excède rarement deux jours par semaine. 
« Les gens l’ont plébiscité mais pas à 100% car la relation à l’autre est importante pour rester connecté aux valeurs et à l’ambiance de l’entreprise », 
analyse Célia Rodrigues- Minau. « L’augmentation de la charge de travail et l’élargissement des horaires ont pour effet une meilleure productivité mais aussi un isolement, note de son côté Damien de Carvalho, auteur d’une thèse sur le télétravail. Cela questionne la place de l’informel, symbolisé par la machine à café. » Aujourd’hui, selon le docteur en sciences de gestion du Cerege (Centre de recherche en gestion), 
« la question n’est plus : doit-on faire du télétravail, mais comment doit-on le faire ? Il est donc important de réfléchir à l’outil et au contrôle par l’outil ». Un point souvent négligé dans les accords, qui mettent plus certainement l’accent sur le salaire, les horaires… « Selon le degré de dématérialisation de l’entreprise, la DSI (ndlr, direction des systèmes d’information) est la grande gagnante de la crise. »


Le télétravail est certes entré dans les mœurs mais « il n’y a pas de modèle et les textes en la matière sont peu fournis », 
poursuit l’universitaire qui s’interroge déjà sur « l’impact sur la carrière et l’avancement du salarié ».

Aquitel
Télétravail sous conditions

Après une période de télétravail forcé imposée par la crise sanitaire, Aquitel a « pérennisé un modèle hybride avec des salariés sur site et en télétravail, explique le directeur Adrien Delage. L’accord de télétravail signé en début d’année ne concerne en effet que 40 des 120 salariés en poste actuellement dans le centre d’appel installé sur la Technopole du Futuroscope. La raison en est simple. « Nous sommes prestataires de services, il faut donc que nos clients soient d’accord, notamment par rapport à la sécurisation des données. » L’un d’eux, dans le domaine des nouvelles technologies, a accepté. « Les salariés concernés ne reviennent qu’une journée par semaine en entreprise, le jour de la réunion d’équipe. » Contrairement aux idées reçues, « tous nos salariés ne veulent pas télétravailler, même si une majorité de ceux qui cherchent du travail aujourd’hui le demandent et que, lorsque l’on recherche de nouveaux collaborateurs, le télétravail est un élément différenciant, poursuit Adrien Delage. Nous allons par exemple débuter fin avril une campagne pour laquelle dès le recrutement nous avons précisé qu’il s’agissait de distanciel à 100%. » Les managers ont suivi fin 2020 une formation pour détecter « les signaux faibles de décrochage » et des outils comme des « room teams » ont été mis en place pour préserver le lien. Parallèlement, le directeur relève deux conditions techniques. « Côté logistique, le télétravail pose la question de l’envoi de matériel par la poste. Cela nous empêche par exemple de recruter à Marseille, ce que pourrait être le vrai télétravail. A cela s’ajoute l’aspect suivi ou réparation d’incident, pour lequel notre service technique peut intervenir à distance. Néanmoins en cas de panne de plus de deux heures, le salarié doit revenir sur site », note le directeur, ajoutant que si le gain d’espace ne suffit pas à faire des économies d’énergie, il a permis d’installer de nouveaux collaborateurs pour honorer deux nouveaux contrats.

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