Ces poulaillers qui font jaser

A Celle-l’Evescault hier, à Neuville aujourd’hui, les élevages de poules pondeuses suscitent des réactions controversées. Paradoxal alors que la France accuse un déficit de production ? Pas tant que cela.

Arnault Varanne

Le7.info

Pour vivre heureux, vivons cachés. Son poulailler a ouvert ses portes il y a quelques mois, sans encombre, dans cette commune de l’est de l’agglomération poitevine. Mais Céline(*) ne souhaite pas témoigner de l’éclosion de son exploitation, à l’abri des regards... et des polémiques. 
« J’ai un projet qui n’est pas allé au bout ailleurs en raison d’articles de presse... » Camille Pierre se serait bien passé de l’exposition médiatique, mais le Neuvillois s’est plié de bonne grâce à une séance de questions-réponses dans une salle des fêtes pleine comme un œuf mardi 
27 janvier. « C’est un projet privé », 
a-t-il rappelé d’emblée aux 
140 Neuvillois venus l’écouter. Un projet sur 13 hectares, le long de la RD347 de Mirebeau, avec 
30 000 poules élevées en plein air -27 000 œufs par jour- et « un investissement d’1,6M€ entièrement à ma charge ».

« Très bien ailleurs »

Après une demi-heure d’une présentation méthodique, le salarié de l’EARL Pierre, qui fournira les aliments, a redit son intention de jouer la carte de la proximité. Une partie de sa production sera disponible au Jardin des Saveurs, il fournira aussi les cantines scolaires et restaurants, les grandes et moyennes surfaces... Reste que de nombreuses questions ont alimenté le débat -respectueux-, autour des nuisances olfactives, sonores, de la pollution des sols, de la grippe aviaire, des prédateurs... Alors, N’oeufville, futur nid à mouches et autres fientes malodorantes ? 
« Que vous le vouliez ou non, vous aurez des mouches ! », a martelé un riverain malgré les garanties de l’agriculteur, pendant qu’une autre estime que « ce projet aurait été très bien ailleurs ». En fonctionnement à la rentrée 2026, l’élevage se trouvera à 500m des premières habitations.

Le préfet pousse

Sollicitée par la maire de Neuville Séverine Saint-Pé, une habitante de Bournezeau s’est montrée rassurante. Elle habite à 680m d’un poulailler similaire à Amberre et jure qu’« on ne sent rien » et qu'il n’y a « pas de mouches ». Fin du débat ? Pas vraiment. A Celle-l’Evescault, l’émergence d’un élevage de 150 000 poules pondeuses a fait naître un collectif d’opposants. Le préfet Serge Boulanger a donné son autorisation en octobre 2025, au grand dam du collectif. Interrogé par nos confrères de France Info, le représentant de l'Etat persiste et signe : il veut faciliter l’implantation de poulaillers dans la Vienne. L’une des futures exploitations pourrait voir le jour à Saint-Gervais-les-Trois-Clochers. 


(*)Prénom d’emprunt. 


Des besoins croissants
La France compte aujourd’hui 3 000 élevages de poules pondeuses, ce qui est insuffisant pour répondre à la demande (226 œufs par personne et par an), en progression de 4% en 2023 et de 4,7% en 2024. « Et de 16,7% pour les œufs issus d’un élevage en plein air. Pour répondre à la demande, il faudrait environ 1,3 million de poules supplémentaires », indique Camille Pierre. Selon un récent sondage de l’institut CSA, 89% des Français accordent de l’importance à la provenance des œufs. Il n’est pas rare de voir des rayons vides ces derniers mois dans les supermarchés.

 

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