Aujourd'hui
Ce que les hommes taisent
Mathis Bennetot. 25 ans. Ancien alcoolique. Passé par la rue. Surfeur. Barman. Élu Mister Aquitaine. Porte la cause de la santé mentale. Pour rappeler que les hommes aussi peuvent pleurer.
Portée par un projet de loi débattu à l’Assemblée nationale, l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans a replacé au cœur du débat public la question de l’usage des écrans. Si l’attention se focalise aujourd’hui sur les plateformes numériques, les professionnels de santé alertent depuis plusieurs années sur la surexposition précoce. Un chiffre résume à lui seul l’ampleur du phénomène : les enfants âgés de 3 à 5 ans passent en moyenne 1h22 par jour devant un écran. Une donnée d’autant plus préoccupante que les effets de cette exposition sur le développement de l’enfant sont désormais connus. « Plus les enfants sont exposés tôt, plus on observe des troubles du comportement et du développement, notamment dans leur rapport à l’autre », souligne le Pr Ludovic Gicquel, chef du pôle de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CH Laborit de Poitiers. A cela s’est ajoutée la crise sanitaire, qui a durablement bouleversé les interactions sociales. « On pensait que le niveau de souffrance allait revenir à la normale. Nous avons constaté l’inverse. » Chaque minute passée devant un écran est autant de temps soustrait au jeu, à l’échange, piliers du développement de l’enfant. « Nous observons des retards et des altérations dans l’entrée dans le langage, confirme Flore Nélin, psychologue. Concrètement, cela se manifeste par des cris, des difficultés à interagir avec les autres. Mais aussi par un appauvrissement de la créativité. Il suffit de comparer les dessins d’enfants d’aujourd’hui à ceux des générations précédentes. »
Ce que le Pr Gicquel qualifie de « perturbateur développemental » laisse des traces durables, qui s’expriment pleinement à l’adolescence. Cette période charnière, marquée par de profonds bouleversements physiques, émotionnels et relationnels, constitue un terrain particulièrement vulnérable. À l’heure où se construisent le rapport à l’autre et l’éveil à la sexualité, la surstimulation numérique agit comme un amplificateur des fragilités. « Les débordements émotionnels peuvent se traduire par des scarifications de l’automédication visant à transformer une souffrance psychique en douleur physique », poursuit Ludovic Gicquel. Autant de signaux inquiétants révélant une difficulté croissante à réguler ses émotions. Et pourtant, un discours persistant continue d’affirmer que les adolescents seraient aujourd’hui « plus sociaux » grâce aux réseaux. « Communiquer à travers un écran restreint l’intelligence sociale. En évitant la confrontation au réel, au regard de l’autre, on appauvrit l’empathie », alerte Alissa Furet, psychomotricienne.
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