La ville sous l'oeil des caméras

Un an après l’installation de trente-deux caméras en gare de Poitiers, la Ville s’apprête à déployer un nouvel équipement de vidéoprotection en centre-ville et dans le quartier des Couronneries. Motivée par le contexte national, cette décision devrait être validée par le conseil municipal du 7 mars.

Marc-Antoine Lainé

Le7.info

Les débats du prochain conseil municipal, qui se tiendra le 7 mars, seront certainement plus animés que d’habitude. Et pour cause, la Mairie prévoirait l’installation prochaine de nouveaux dispositifs de vidéoprotection dans plusieurs zones de la ville. Rien n’est pour l’heure officiel, mais l’hypercentre et le quartier des Couronneries pourraient être les prochaines équipées.

Le député-maire Alain Claeys s’était pourtant montré longtemps discret sur le sujet et n’en avait pas fait l’une de ses priorités pour la sécurité de la cité. « Ma position est très claire, je ne discute pas l’installation lorsqu’elle est souhaitable, mais elle ne remplacera jamais la police sur le terrain », déclarait-il dans nos colonnes il y a un an (voir n°249, « Arme de dissuasion massive »). Mais voilà. Deux attentats et un état d’urgence plus tard, les choses ont changé et la Ville entend désormais équiper les endroits de grand passage en vidéoprotection. « Cette décision répond bien entendu au contexte national, mais il ne faut pas que cela se fasse au détriment du nombre de policiers », prévient-on du côté de la Mairie.

 

Des affaires réglées grâce aux caméras

La police, elle, se frotte les mains à l’idée de disposer de nouveaux outils pour lutter contre la délinquance. « C’est un vrai plus pour nous, un formidable outil qui nous permet de repérer les auteurs d’actes en tous genres, assure le commandant Jean-Christophe Merle, chef d’état-major à la sécurité publique. Nous nous servons fréquemment du dispositif de la gare de Poitiers. » Dans ce secteur justement, les trente-deux caméras tournent à plein régime depuis leur mise en service, le 4 juin dernier. On ne les distingue pas toujours, mais elles sont bien là, à surveiller nos moindres mouvements. Et à surprendre les délinquants en flagrant délit.

Depuis juin, la police nationale a ainsi pu régler une dizaine d’affaires de vols avec effraction ou de trafic de stupéfiants grâce à ses nouveaux yeux. Mieux encore, le nombre d’atteintes aux personnes a chuté de 17% dans la zone, entre 2014 et 2015. Reste qu’il est encore trop tôt pour établir un quelconque lien de cause à effet. À ce jour, on dénombre pas moins de 4 131 caméras intérieures et 867 extérieures à Poitiers, dont la grande majorité est gérée par le privé. Comparativement aux agglomérations voisines, le cheflieu de la Vienne est à la traîne. Tours et Niort ont ainsi équipé les espaces publics de leur centre-ville depuis plusieurs mois.

 


VERS UN ARMEMENT DES POLICES MUNICIPALES ?

La question de l’armement des polices municipales est sur toutes les lèvres, tant sur le plan national qu’en local. La semaine passée, le maire de Châtellerault, Jean-Pierre Abelin, a confirmé sa décision de doter ses policiers de revolvers Manhurin, en plus de leur tonfas et gilets pareballes. Comme lui, les maires de Chauvigny et Saint-Benoît ont choisi d’armer leur police, suivant les recommandations du gouvernement et du ministère de l’Intérieur, au lendemain des attentats. Reste maintenant à attendre l’accord de la préfète de la Vienne pour engager les démarches. À Poitiers en revanche, l’armement de la police municipale n’est pas à l’ordre du jour. La semaine dernière, le député-maire Alain Claeys s’y est formellement opposé. « Tant que je serai maire, la question ne se posera pas », a-t-il déclaré. Des propos jugés « incompréhensibles » par la présidente du groupe LR, centriste et indépendants à la Mairie, Jacqueline Daigre, selon laquelle « la sécurité de la police municipale est mise à mal quotidiennement ». « Notre ville n’est pas sans risque, contrairement à ce que veut faire croire la Municipalité », estime l’élue d’opposition.

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