Jérôme Pintoux, à livre ouvert

Jérôme Pintoux. 64 ans. Ancien professeur de français à France Bloch-Sérazin et auteur d’une dizaine de livres, sur la littérature et la musique. Réservé, « l’écrivaillon de province » comme il se définit porte un regard lucide sur son époque.

Arnault Varanne

Le7.info

Promis juré, son prochain bouquin portera sur les chanteurs français de la période 2000-2015. Au fond, le challenge l’amuse beaucoup, lui qui vient d’écumer les années 60 (*), 70 et 80, avec Dylan, les Beatles, Bowie et les stars françaises des yéyé épinglés à son tableau de chasse littéraire. Ceux qui le suivent auraient pu finir par croire que Jérôme Pintoux avait définitivement un œil dans le rétro. Le professeur de français en retraite dément. Avec un argument de bon sens : « Les gens ont la nostalgie d’un âge d’or qui n’a jamais existé. Je peux vous le dire, j’ai vécu les décennies précédentes ! » Hormis la IIIe République, « qui ne devait pas être si mal », ce féru de musique et analyste précautionneux des textes rejette l’idée selon laquelle « c’était mieux avant ».  

L’expérience lui confère une hauteur de vue inédite. En même temps, elle signifie qu’il « vieillit ». Et pour ce « supercondriaque » de première, « c’est carrément flippant ». Alors, l’ancien enseignant de France Bloch-Sérazin -vingt-sept ans de sacerdoce- repousse l’échéance de la… déchéance à coup de footings matinaux et de pages noircies. « Quand je dis à ma femme que je travaille, elle me répond : «Non, tu t’occupes. » C’est sans doute elle qui a raison !» Quatre ans en arrière, ses interviews d’outre-tombe de figures tutélaires de la littérature (Saint-Augustin, Corneille, Rousseau, Balzac…) avaient connu un certain succès. Au point de le propulser dans le studio de France Culture, pour un entretien d’une demi-heure dans l’émission « Tire la langue ». Une reconnaissance la promo ? Plutôt une souffrance…

« Au départ, on est un peu le grand frère »

« Vous savez, je ne suis qu’un écrivaillon de province qui aspire à le rester. Les écrivains, les vrais, ne peuvent vivre que dans le VIIIe arrondissement de Paris », avance le fils de droguiste niortais. L’allusion à peine voilée à la condescendance des médias parisiens affleure. Le… chroniqueur musical de Juke Box goûte assez peu au dédain de ses contemporains pour ce qui se trame au-delà du périphérique. Avec le temps, il s’y est habitué, aspirant juste à « donner le goût de la musique et de la lecture ». Rien de très différent par rapport à ses années « collège ». Sauf à penser que « les élèves ont changé », que la langue évolue et que le déclin guette. « Jusqu’en 2007, j’ai bien aimé mon boulot. Les quatre dernières ont été plus difficiles. Au départ, on est un peu le grand frère, après le papa. Et on devient le grand-père, avec moins d’affinités. »

Parce que la musique constitue une sorte de trait d’union entre les générations, Jérôme Pintoux entend poursuivre son œuvre insatiable de décryptage des textes. Avec « simplicité et sobriété », deux qualités héritées de son écrivain favori, un certain Georges Simenon. « Mais sans portée sociologique », précise l’auteur d’un mémoire sur les Lais de Marie de France, écrivain de la fin du XIIe siècle. Le grand écart avec les excentricités des Dylan, Bowie et autres maîtres fondateurs du rock’n’roll est patent. Cet «esthète à la petite semaine» assume la contradiction entre son image lisse, son caractère introverti et les excès en tous genres de ses « idoles ». « Ils ont inventé une forme d’évasion. Moi, je considère que le psychédélisme est synonyme d’imagination. » Le père de famille se « shoote » à la poésie, cet art dont il aimerait maîtriser les artifices. C’est d’ailleurs ce qui, selon lui, réconcilie littérature et musique. « Des paroliers comme Lanzmann, Delanoë ou Roda-Gil étaient des poètes. Prenez Lanzmann lorsqu’il écrit pour Dutronc « Il est 5 heures, Paris s’éveille… ». On voit Paris se métamorphoser. « Et sur le boulevard Montparnasse, la rue n’est plus qu’une carcasse. Les rimes sont magnifiques ! »

Au simple plaisir de l’écoute, Pintoux préfèrera toujours l’exigence du sens et de la suggestion. On ne le changera pas. Et c’est tant mieux ! Certes, le Poitevin s’adresse à un public restreint. Certes, il n’habitera jamais le VIIIe arrondissement de Paris. Il s’en moque comme de son premier Lagarde et Michard. L’auteur de « Vinyles vintages » n’aime rien tant que de mêler fiction et réalité, lettres et partitions. Chacun son trip ! 

(*) Son dernier ouvrage s'intitule "Chanteurs français des années 60. Du côté de chez les yéyés et sur la Rive gauche". Il est paru au Camion Blanc.

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