Monsieur le Professeur

Joël Coutable. 60 ans. Professeur emblématique du Lycée pilote innovant international de Jaunay-Marigny. Eternel optimiste, ce spécialiste des sciences de la vie et de la terre aurait pu faire de la philosophie sa discipline de prédilection.

Marc-Antoine Lainé

Le7.info

Chez lui, le temps n’attend pas. Lunettes au bout du nez, Joël Coutable pianote sur son clavier d’ordinateur. Quelques mails, des notes pour ses innombrables projets. Le jeune sexagénaire est assis au milieu du vaste salon de la maison qu’il rénove depuis deux ans, à Vouneuil-sous-Biard. « Je n’aime pas ne rien faire et encore moins faire les choses à moitié. » L’escalier au design très moderne ? « Des heures de travail avec des matériaux simples. » La cascade du jardin ? « Une envie de créer un bruit d’eau qui apaise, quelques réflexions et un peu de bricolage. » A chaque pièce, son anecdote. A chaque période de sa vie, des souvenirs détaillés.

« Inciter les élèves à cogiter »

Joël Coutable est né à Niort le 23 octobre 1956. Sa scolarité, au collège Fontanes puis au lycée Jean Macé, a forgé son orientation professionnelle. « J’avais déjà la particularité de porter une blouse », sourit-il. Ces « belles années » sont également à l’origine de son premier mariage. « J’ai rencontré mon épouse en classe de première. Après le bac, comme nous n’étions pas argentés, nous avons décidé de faire nos études l’un après l’autre, pour pouvoir les financer. » Direction Poitiers, où Joël Coutable décroche, « avec la mention très bien », sa licence, sa maîtrise puis le concours pour devenir enseignant. S’il s’est, un temps, imaginé vétérinaire ou chirurgien, ce passionné de « la vie au sens large » est devenu professeur de SVT.

Passé par le collège de Lusignan, où « les gamins se battaient pour porter (son) cartable », puis par Camille-Guérin, dont l’ambiance « bahut d’élite » n’était pas faite pour lui, le natif de Niort a rejoint le Lycée pilote innovant international dès sa création, en 1987. Des « réunions quotidiennes pour construire les contenus pédagogiques », Joël Coutable se souvient d’une volonté de faire de l’établissement « une vitrine nationale de l’enseignement ». En début d’année scolaire, pour son premier cours, l’enseignant prend l’habitude de philosopher avec ses élèves sur le sens de la vie. Très vite, le prof se démarque par un style bien à lui, où les disciplines s’entremêlent. « J’aime mélanger les SVT et les autres matières, pour inciter les élèves à cogiter », explique-t-il. A l’aube des années 90, il est un homme comblé. Jusqu’à ce qu’un drame tragique bouleverse son existence.

L'optimisme comme ligne de conduite

À l’été 90, alors que la famille Coutable passe un week-end prolongé dans le Sud, un fourgon percute sa voiture, qui manoeuvre sur la bande d’arrêt d’urgence d’une voie rapide. « Mon aînée (il a deux autres filles, ndlr) a été héliportée à l’hôpital, dans le coma ». Lorsque le médecin réunit le couple dans son bureau, Joël Coutable comprend que la mort cérébrale est désormais inévitable. Et prend les devants. « Vous voulez nous parler de don d’organes ? Nous sommes d’accord. » Dans les mois qui suivent, Joël Coutable crie sa douleur « dans un livre de poésie ». Sa femme, elle, sombre dans une dépression. Et leur chemin se sépare quinze ans plus tard.

Le ton de sa voix est teinté d’émotion. Joël Coutable assure « faire de l’optimisme sa ligne de conduite ». « Je crois que j’avais déjà cette philosophie avant le drame. L’homme qui se relève devient plus fort. Le tout, c’est d’y arriver. Aujourd’hui, je crois relativiser les choses mieux que beaucoup de monde. » Désormais grand-père, la « mémoire vivante » du LPII mène une vie épanouie, avec son épouse Françoise, rencontrée à un cours de danse. Le couple partage plusieurs passions communes, comme la peinture et la poésie. En amour, comme pour le reste, Monsieur le Professeur ne fait pas les choses à moitié. L’homme est engagé en faveur du don du sang, du don d’organes et de multiples initiatives caritatives et humanitaires en Afrique. Et si le temps n’attend pas, il sait en consacrer une bonne partie à ses proches. La retraite ? « Rien ne presse. »

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