Aujourd'hui
Danser, malgré tout
Armance Delval. 21 ans. Poitevine. Danseuse classique. Formée en France, engagée en Bulgarie. A troqué l’insouciance contre la discipline. Signe particulier : une maturité précoce.
Les pesticides sont utilisés en agriculture pour neutraliser les nuisibles, pucerons, insectes ou encore des champignons qui s’attaquent aux cultures et réduisent les rendements. Mais quel est véritablement leur impact sur les oiseaux ? Si leurs effets funestes sont déjà bien documentés en laboratoire, ils restaient jusqu’à présent difficiles à démontrer dans la nature, à grande échelle. Or, une nouvelle base de données rendue publique récemment lève le voile sur cet aspect. « Ces statistiques portent sur les quantités de substances actives achetées et le code postal de l’acheteur, ce qui donne des informations sur les lieux où ces produits sont les plus utilisés », explique Nicolas Deguines, enseignant-chercheur au sein du laboratoire Ecologie et biologie des interactions (EBI) de l’université de Poitiers. Bingo ! Cet écologue, expert de l’impact des activités anthropiques sur la biodiversité, a très vite pris part au lancement d'un protocole de recherche pour évaluer le lien entre la présence d’oiseaux et l’usage de pesticides.
Soixante-quatre espèces d’oiseaux « communs » répertoriées, 242 substances et 2 000 points d’écoute sur toute la France plus tard, le constat est clair : Plus de 80% des espèces sont moins abondantes (84,4%) dans les zones où les achats de pesticides sont les plus élevés. Bergeronnette printanière, tourterelle des bois, pie-grièche écorcheur ou encore mésange bleue sont les plus menacées par l’ingestion de graines ou d’insectes intoxiqués. « On remarque que des oiseaux dépendants des milieux agricoles sont concernés mais aussi d’autres espèces qui fréquentent régulièrement ces milieux pour se nourrir ou y nicher », précise le chercheur poitevin.
Pour arriver à ce résultat publié dans la revue Proceeding B, Nicolas Deguines et ses collègues du Muséum national d'histoire naturelle se sont appuyés sur le Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc), alimenté chaque année par des ornithologues (lire encadré). En outre, l'analyse a également tenu compte d’autres facteurs liés au paysage (l’arrachage des haies et des arbres) ainsi qu’à la pratique du labourage, de la fertilisation... Ceci afin de cibler uniquement l’impact des pesticides. « L’idée n’est pas d’incriminer les agriculteurs qui sont enfermés dans un système malgré eux, mais plutôt de les aider financièrement à opérer une transition écologique incontournable », souligne l’expert poitevin, qui coordonne déjà une autre étude, cette fois sur les pollinisateurs.
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