Les pesticides tuent aussi les oiseaux

A travers une nouvelle étude, des chercheurs de l’université de Poitiers et du Muséum national d’histoire naturelle entérinent le lien néfaste entre la chute du nombre d’oiseaux en France et l’usage de pesticides. Ils se sont appuyés sur une base de données rendue publique et l’observation des ornithologues.

Romain Mudrak

Le7.info

Les pesticides sont utilisés en agriculture pour neutraliser les nuisibles, pucerons, insectes ou encore des champignons qui s’attaquent aux cultures et réduisent les rendements. Mais quel est véritablement leur impact sur les oiseaux ? Si leurs effets funestes sont déjà bien documentés en laboratoire, ils restaient jusqu’à présent difficiles à démontrer dans la nature, à grande échelle. Or, une nouvelle base de données rendue publique récemment lève le voile sur cet aspect. « Ces statistiques portent sur les quantités de substances actives achetées et le code postal de l’acheteur, ce qui donne des informations sur les lieux où ces produits sont les plus utilisés », explique Nicolas Deguines, enseignant-chercheur au sein du laboratoire Ecologie et biologie des interactions (EBI) de l’université de Poitiers. Bingo ! Cet écologue, expert de l’impact des activités anthropiques sur la biodiversité, a très vite pris part au lancement d'un protocole de recherche pour évaluer le lien entre la présence d’oiseaux et l’usage de pesticides.

Plus de pesticides, 
moins d’oiseaux

Soixante-quatre espèces d’oiseaux « communs » répertoriées, 242 substances et 2 000 points 
d’écoute sur toute la France plus tard, le constat est clair : Plus de 80% des espèces sont moins abondantes (84,4%) dans les zones où les achats de pesticides sont les plus élevés. Bergeronnette printanière, tourterelle des bois, pie-grièche écorcheur ou encore mésange bleue sont les plus menacées par l’ingestion de graines ou d’insectes intoxiqués. « On remarque que des oiseaux dépendants des milieux agricoles sont concernés mais aussi d’autres espèces qui fréquentent régulièrement ces milieux pour se nourrir ou y nicher », précise le chercheur poitevin.

Pour arriver à ce résultat publié dans la revue Proceeding B, Nicolas Deguines et ses collègues du Muséum national d'histoire naturelle se sont appuyés sur le Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc), alimenté chaque année par des ornithologues (lire encadré). En outre, l'analyse a également tenu compte d’autres facteurs liés au paysage (l’arrachage des haies et des arbres) ainsi qu’à la pratique du labourage, de la fertilisation... Ceci afin de cibler uniquement l’impact des pesticides. « L’idée n’est pas d’incriminer les agriculteurs qui sont enfermés dans un système malgré eux, mais plutôt de les aider financièrement à opérer une transition écologique incontournable », souligne l’expert poitevin, qui coordonne déjà une autre étude, cette fois sur les pollinisateurs.

Ils alimentent le Stoc
Depuis 2002, le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) a défini un protocole précis d’observation des oiseaux, utilisé par près de 600 ornithologues -souvent bénévoles- pour alimenter le Stoc (Suivi temporel des oiseaux communs). Parmi eux, Régis Ouvrard, délégué de Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) pour l’ex-Poitou-Charentes : « Un périmètre de 2km2 près d’Archigny où j’habite m’a été confié par le MNHN en 2006. J’effectue un relevé chaque année, en mars, avril et mai, période de reproduction où les oiseaux se font entendre ! Toujours le matin, même heure et même météo. Je localise aussi l’oiseau en décrivant son environnement. » La LPO propose des formations pour reconnaître les oiseaux.
DR LPO/Johan Tillet

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