Un procès pour l’histoire

Le Regard de la semaine est signé Cheikh Diaby.

Le7.info

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Devant le tribunal de Minneapolis, c’est une explosion de joie qui a accompagné l’annonce du verdict. Après trois semaines de débats contradictoires et une journée de délibérations, les douze jurés du procès de Derek Chauvin l’ont reconnu coupable du meurtre de George Floyd. La mort de cet homme noir avait suscité souffrance, colère et révolte. Les personnalités du monde entier ont dénoncé ce crime racial. L’un des mots qui est revenu le plus souvent était le mot « insoutenable » : vidéo insoutenable, crime insoutenable, situation insoutenable. Pourtant, c’est frappant comme ce mot insoutenable va de pair avec un autre terme :
 « familier ».

Les images sont tragiquement familières pouvait-on lire dans Le Monde du 29 mai 2020. L’histoire se répète, « normalité anormale » selon les mots de l’ancien président Obama. J’ai été frappé par ce paradoxe dans la mort de George Floyd mais aussi d’Hamaud Arbery, Eric Garner et de Daunte Wright, le 11 avril dernier, ce paradoxe dans cette « normalité anormale » ou dans cette tragédie devenue familière. Pourquoi, malgré la colère, la souffrance et l’injustice rien ne change ?

Chaque année, aux Etats-Unis, des études et des statistiques témoignent de la disproportion systématique des violences policières contre les afro-américains. Racisme structurel, police injuste, histoire américaine des discriminations expliquent, sans les justifier, cette transformation de l’exceptionnel en quotidien. Comme George Floyd, plus de mille personnes sont tuées par la police chaque année lors d’interventions et près d’un quart d’entre elles sont noires.

À Minneapolis le poids des injustices et des discriminations est encore plus frappant. Les Noirs ont 8,7 fois plus de risques d’être arrêtés pour des infractions mineures et représentent 60% des personnes tuées par la police entre 2000 et 2018, alors qu’ils ne constituent que 18% de la population. Selon une étude menée par Reuters portant sur 3 000 plaintes contre la police de Minneapolis pour mauvaise conduite entre 2012 et 2020, 
9 sur 10 n’ont débouché sur aucune sanction disciplinaire. Cette réalité statistique aide à comprendre pourquoi Derek Chauvin, qui avait déjà fait l’objet de dix-huit plaintes dont quinze classées sans suite, semble si calme pendant qu’il asphyxie George Floyd sous la pression de son genou. Elle explique pourquoi la mort de cet homme noir a suscité une vive colère et entraîné des révoltes dans tout le pays, et au-delà.

La condamnation de Derek Chauvin marquera-t-elle un tournant dans l’histoire, ce moment de « changement significatif » que le président Biden appelle de ses vœux ? Seul l’avenir nous le dira ! En attendant, sur les lieux de la mort de George Floyd, entre les façades où sont peints les visages d’Angela Davis et de Martin Luther King, on respire mieux. A l’ombre de l’immense portrait de George Floyd, c’est tout un quartier qui a laissé éclater sa joie à l’énoncé du verdict, un quartier devenu un grand sanctuaire, celui où l’Amérique vient pleurer sur ses démons : le racisme, la pauvreté, la violence.

CV express

52 ans. Marié. Gestionnaire d’indemnisation assurances dans une mutuelle, en cohérence avec les valeurs de solidarité et de fraternité. Responsable départemental de l’association SOS Racisme, membre permanent du bureau national. Soucieux des autres et très attaché aux valeurs de la République.

J’aime : les gens bienveillants, la diversité, la lecture, les repas entre amis, la lecture et la marche à pied.
J'aime pas : la violence, le manque de respect, le cynisme et l’hypocrisie. 

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